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En Finlande, les touristes russes reçus au son de l'hymne national ukrainien
Dans l'est de la Finlande, les rapides d'Imatrankoski sont une attraction incontournables: chaque jour à la même heure, l'hymne national ukrainien retentit, le barrage presque centenaire s'ouvre et l'eau s'engouffre sous le regard de centaines de visiteurs dont de nombreux Russes.
Traditionnellement, c'était la musique du compositeur finlandais Jean Sibelius seule qui accompagnait l'événement quotidien mais depuis fin juillet elle est précédée de l'hymne de l'Ukraine pour protester contre l'invasion russe du pays.
Outre cette mesure symbolique, la Finlande, qui partage une frontière orientale de 1.300 kilomètres avec la Russie, s'apprête à limiter les visas touristiques délivrés aux Russes, imitant les autres pays de l'Union européenne.
"C'est mauvais pour les Russes qui aiment la Finlande", déclare à l'AFP Mark Kosykh, un touriste russe de 44 ans venu voir les rapides en famille.
"Mais nous comprenons le gouvernement de la Finlande", ajoute-t-il, s'empressant de souligner que tous ses compatriotes ne soutiennent pas la guerre.
"Tous les Russes ne sont pas pour Poutine. Le gouvernement et tous les gens doivent le comprendre", dit-il.
- Hymne ukrainien au centre commercial -
Dans la ville voisine de Lappeenranta, l'hymne national ukrainien résonne chaque soir du sommet de l'hôtel de ville qui surplombe les centres commerciaux prisés par les touristes russes.
"L'objectif est d'exprimer un soutien fort à l'Ukraine et de condamner la guerre d'agression", explique à l'AFP le maire, Kimmo Jarva.
De nombreux Russes se rendent à Lappeenranta pour acheter vêtements et cosmétiques, et les plaques d'immatriculation russes sont légion à travers la ville.
Depuis le début du conflit, les Finlandais voient ces touristes d'un mauvais oeil.
58 % des Finlandais sont favorables à une limitation des visas touristiques pour les citoyens russes, d'après un sondage publié la semaine dernière par le télévision publique Yle.
"À mon avis, leur nombre devrait être restreint très fortement. Je ne vois pas d'autre moyen de faire réfléchir les politiciens russes", déclare Antero Ahtiainen, 57 ans, habitant de Lappeenranta.
- Des restrictions à venir -
Encouragé par la montée du mécontentement dans l'opinion publique, le ministre des Affaires étrangères a présenté un plan visant à limiter les visas touristiques délivrés aux Russes.
Seul voisin de la Russie au sein de l'UE à ne pas avoir mis en place des restrictions sur les visas touristiques accordés aux citoyens russes, la Finlande est devenue un pays de transit pour les Russes avides de voyages.
Privés de liaisons aériennes entre leur pays et l'Europe, ils peuvent se rendre en Finlande en voiture ou en bus et y prendre l'avion.
"Beaucoup ont vu cela comme un contournement du régime de sanctions", déplore le chef de la diplomatie finlandais Pekka Haavisto.
Le système de Schengen combiné à la loi finlandaise ne permettant une interdiction pure et simple des visas basée sur la nationalité, la Finlande peut seulement réduire le nombre de visas délivrés en fonction de la catégorie, explique M. Haavisto.
"La catégorie touristique peut être limitée en termes de nombre de visas pouvant être demandés en une journée", dit-il.
Selon lui, les restrictions pourraient être adoptées d'ici la fin du mois d'août.
- Des liens forts -
Des deux côtés de la frontière, les habitants de la région frontalière ont traditionnellement vécu en contact étroit.
"À Saint-Pétersbourg, beaucoup de gens ont des grands-parents finlandais, comme ma femme", dit M. Kosykh, qui se rend en Finlande chaque année.
Suite à la levée des restrictions anti-Covid le 15 juillet, le nombre de touristes russes, qui constituent une source essentielle de revenus pour de nombreuses villes frontalières finlandaises, ne cesse d'augmenter dans le pays nordique. Plus de 230.000 passages de frontière ont été enregistrés en juillet, contre 125.000 en juin.
"Bien sûr, si les touristes russes ne viennent pas ici, il y aura une perte de revenus pour les entreprises, c'est regrettable", constate le maire de Lappeenranta.
Toutefois le soutien en faveur de la limitation des visas touristiques russes est bien ancrée, selon M. Jarva.
"Nous devons faire un choix. Nous soutenons fermement l'Ukraine", conclut l'édile.
E.Flores--AT