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Tirs à Kaboul, l'Afghanistan dit cibler l'aviation pakistanaise
Des journalistes de l'AFP ont entendu une explosion et des tirs dans le centre de Kaboul dimanche avant l'aube, le gouvernement taliban affirmant viser l'aviation pakistanaise, en plein conflit entre les deux pays.
Après des mois d'accrochages, le Pakistan et l'Afghanistan sont entrés en "guerre ouverte" jeudi quand Kaboul a lancé une attaque à la frontière, déclenchant des frappes aériennes pakistanaises en riposte.
Dimanche matin, "des tirs antiaériens visent l'aviation pakistanaise à Kaboul. Les habitants ne doivent pas s'alarmer", a écrit le porte-parole du gouvernement taliban Zabihullah Mujahid sur X.
Le Pakistan a reconnu vendredi avoir bombardé de grandes villes afghanes, notamment la capitale et Kandahar, où réside le chef suprême des talibans afghans, Hibatullah Akhundzada.
L'Afghanistan a accusé le Pakistan d'avoir fait des victimes civiles dans la région rurale de Kandahar (sud). Là, des ouvriers du bâtiment ont raconté avoir été visés par deux frappes aériennes, qui ont fait trois morts selon le chef du chantier.
"Tout est devenu sombre devant nous", a dit Enamullah, 20 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille. "Je suis venu de Kaboul juste pour gagner mon pain", a-t-il ajouté.
- "Guerre ouverte" -
D'après les autorités afghanes, leur offensive de jeudi à la frontière constituait une réponse à des frappes aériennes antérieures du Pakistan, qui avaient tué des civils. Islamabad avait affirmé viser des combattants.
Outre les victimes rapportées par l'Afghanistan à Kandahar, 30 civils sont morts depuis jeudi dans les provinces de Khost, Kunar et Paktika, dans l'est du pays, selon Hamdullah Fitrat, porte-parole adjoint du gouvernement taliban.
Les bilans des deux parties sont difficiles à vérifier de source indépendante.
Samedi, sur la route entre Kaboul et la frontière, un journaliste de l'AFP à Jalalabad a entendu un avion de chasse et deux explosions. Les forces afghanes ont affirmé avoir abattu un avion de chasse pakistanais et capturé son pilote, ce qu'Islamabad a formellement démenti.
Le même jour, des habitants de Paktika ont fait état de combats en cours auprès de l'AFP. A Khost, des habitants ont fui leurs maisons proches de la frontière.
"Les bombardements ont commencé, et les enfants, les femmes, tout le monde est parti", a dit Mohammad Rasool, 63 ans, qui s'est réfugié dans une zone voisine. "Il y en avait qui n'avaient pas de chaussures, des femmes n'étaient pas voilées", a-t-il ajouté.
Les efforts diplomatiques, notamment de l'Arabie saoudite et du Qatar, ont échoué à faire cesser les affrontements. L'Union européenne a appelé à une "désescalade immédiate" entre les deux voisins. Les Etats-Unis ont dit soutenir le Pakistan dans son droit "à se défendre contre les attaques des talibans".
Le Pakistan, qui a déclaré la "guerre ouverte" aux autorités afghanes, les accuse d'abriter des militants armés qui lancent des attaques sur son territoire, ce que Kaboul dément.
Islamabad se défendra "en toutes circonstances", a réaffirmé samedi le ministre pakistanais de l'Information, Attaullah Tarar, indiquant que 37 lieux avaient été la cible d'attaques en Afghanistan depuis le début des opérations.
Kaboul a, lui, dit vendredi vouloir "le dialogue" pour résoudre le conflit. Son ministère de la Défense a aussi dit avoir effectué des frappes aériennes en territoire pakistanais ces derniers jours - certainement au moyen de drones, selon des observateurs.
Le gouvernement taliban affirme que ses forces ont tué plus de 80 soldats pakistanais et en ont capturé 27. Kaboul a reconnu la mort de 13 membres des forces afghanes.
De son côté, Islamabad a affirmé que 12 soldats pakistanais avaient été tués.
Longtemps proches, les deux pays s'affrontent sporadiquement depuis que les dirigeants talibans ont repris le contrôle de Kaboul en août 2021.
Cet épisode de violence est le pire depuis octobre, quand plus de 70 personnes étaient mortes au total d'un côté et de l'autre de la frontière, depuis en grande partie fermée.
burs-pbt/rsc/jnd/roc
M.White--AT