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Honduras: ultime recomptage pour enfin l'épilogue d'une présidentielle à suspense
La présidentielle à suspense au Honduras devrait connaître son épilogue dans un entrepôt de Tegucigalpa, grand comme deux terrains de basket, où depuis vendredi sont recomptés d'ultimes bulletins jugés suspicieux.
Munis de gants en latex, presque à la manière de laborantins médicaux-légistes, des membres de l'Autorité électorale (CNE) examinent minutieusement chaque suffrage, sous le regard de représentants des partis.
Quelque 28.000 procès-verbaux de bureaux de vote présentant des "incohérences" sont passés à la loupe. Ils représentent quelque 500.000 suffrages alors que seulement 40.000 voix séparent l'homme d'affaires conservateur Nasry Asfura, 67 ans, soutenu par le président américain Donald Trump, de l'animateur de télévision libéral, Salvador Nasralla, 72 ans.
Des observateurs électoraux de l'Organisation des Etats américains (OEA) et de l'UE participent au bon déroulement des opérations, retransmises sur la chaîne YouTube du CNE. L'entrepôt est gardé par l'armée.
"Nous ne faisons pas confiance aux autorités parce qu'elles commettent les fraudes habituelles, on est revenus aux élections à la hondurienne", souffle Carlos Castillo, 53 ans, partisan du parti Libre (gauche) au pouvoir, dont la candidate, Rixi Moncada, pointe loin derrière, à la troisième place.
Les multiples suspensions du dépouillement, en raison, selon le CNE, de problèmes techniques imputés à l'entreprise privée chargée de la transmission et de la diffusion des résultats, ont alimenté les soupçons de fraude électorale.
M. Nasralla, un temps en tête avant la première suspension, a dénoncé un "vol" de l'élection et la manipulation du système informatique.
Il a obtenu le recomptage "bulletin par bulletin" des procès-verbaux dits "incohérents" qui, selon lui, montrent un "schéma de fraude où la reconnaissance biométrique n'a pas été utilisée et où les procès-verbaux ont été rédigés de manière arbitraire".
- Pas de proclamation immédiate -
Dans la semaine, la présidente de gauche du pays, Xiomara Castro, avait dénoncé la "falsification" du résultat et l'"ingérence" de Donald Trump. Jeudi, Mme Castro a réaffirmé que le processus électoral est "sérieusement remis en question" en raison du "manque de transparence", de la coercition d’électeurs par des membres de gangs et des "menaces" de Trump. Son parti Libre, invoquant une "ingérence" des Etats-Unis, réclame une "annulation totale" des élections.
Le président américain avait mis en garde sur des "conséquences" pour le Honduras si le résultat n'était pas favorable au candidat choisi par la Maison Blanche.
Malgré les appels à la mobilisation à gauche, les manifestations et sit-in évacués par la police, et le climat de suspicion ambiant, le lancement du "dépouillement spécial" a abaissé les tensions.
"Le calme est revenu car on va avoir un président. Avant, on pensait que non, mais là, ils sont en train de compter", veut croire Sandra Suazo, avocate de 68 ans, devant l'entrepôt où se déroulent les opérations.
Le nouveau chef des Forces armées, Hector Valerio, a lui aussi oeuvré pour que cette dernière ligne droite se passe dans le calme, affirmant jeudi qu'il soutiendra "avec fermeté et responsabilité la volonté souveraine du peuple", lors de la cérémonie de passation de commandement qui a lieu tous les deux ans.
Dans un pays où ont été menés plusieurs coups d'Etat, le plus récent en 2009 contre l'ex-président Manuel Zelaya, époux de Mme Castro, les militaires jouent un rôle fondamental.
Selon la Constitution, le CNE a jusqu'au 30 décembre, soit un mois après le scrutin, pour délivrer les résultats.
Si le recomptage des 28.000 procès-verbaux ne devrait prendre que quelques heures, selon le co-directeur du CNE, Bladimir Bastida, une proclamation officielle ne sera pas immédiate.
Salvador Nasralla insiste pour qu'une fois ce "recomptage spécial" achevé, "les incohérences de l'ensemble du scrutin soient examinées", soit selon lui 8.000 procès verbaux de bureaux de vote.
- "Ca va se tasser" -
Cette période de flottement, dessinant des lendemains incertains, se ressent dans le commerce.
Sur un marché en plein air du quartier Kennedy, à 600 mètres du dépouillement, Sandra Reyes, 31 ans, raconte avoir investi mille dollars dans de la marchandise de seconde main venue des Etats-Unis, mais "je n’ai rien vendu" se lamente-t-elle. "A cause de ces politiciens, j'ai peur de me retrouver avec le stock sur les bras. Les gens ont l'air d'avoir peur de dépenser", dit-elle.
Même frustration pour Norman Sierra, 56 ans, vendeur de voitures d'occasion. "Ça fait peur, il peut y avoir des manifestations et on se fait caillasser" les véhicules, redoute-il.
Fran Bulnes, vendeur de fruits de 46 ans, se veut optimiste. "Les gens étaient dans l'incertitude, parlaient sans savoir qui allait gagner, mais on espère que ça va se tasser, et je sens que c'est déjà plus calme".
T.Perez--AT