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Conflit dans l'est de la RDC: accord signé, mise en oeuvre complexe
La mise en oeuvre de l'accord entériné jeudi à Washington et visant à mettre un terme au conflit dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) s'annonce complexe alors même que d'intenses combats sont en cours vendredi dans l'Est congolais.
- Diplomatie transactionnelle -
L'accord de Washington comporte trois volets, le premier portant sans surprise sur une cessation des hostilités avec l'instauration d'un cessez-le-feu et un programme de désarmement.
Le second volet du texte signé jeudi par les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, lors d'une cérémonie présidée par Donald Trump, est un cadre d'intégration économique régionale.
Washington cherche à instaurer une coopération Kinshasa-Kigali permettant de tracer et assainir les chaînes d'approvisionnement de minerais critiques (coltan, cobalt, cuivre, lithium) pour s'assurer un accès à ces ressources stratégiques indispensables aux industries de pointe.
Le dernier pan porte sur la conclusion d'accords bilatéraux des Etats-Unis avec la RDC et le Rwanda sur l'exploitation de ces minerais dont le sous-sol congolais en particulier regorge et qui sont aujourd'hui exploités essentiellement par des entreprises chinoises. La RDC fournit notamment 76% du cobalt mondial.
"Tout le monde va gagner beaucoup d'argent", a lancé jeudi Donald Trump, promettant d'envoyer "de grandes entreprises américaines" dans les deux pays africains voisins.
- Paix miraculeuse -
L'accord qualifié avec emphase de "miracle" par Donald Trump, et négocié déjà depuis juin, n'a jusqu'ici eu aucun effet sur le terrain.
Vendredi, d'intenses combats sont encore en cours dans la province du Sud-Kivu, entre le groupe armé antigouvernemental M23, qui est selon l'ONU sous commandement rwandais, et l'armée congolaise appuyée par des milices pro-Kinshasa difficilement contrôlables. Des combats avaient déjà fait rage les jours précédents.
"Les deux parties s'échangent des tirs d'armes lourdes" aux abords de Kamanyola, agglomération congolaise contrôlée par le M23, frontalière du Rwanda et du Burundi, selon plusieurs sources locales jointes par l'AFP.
"Nous sommes encore dans des maisons sous les lits", a déploré Wenceslas Bisimwa, représentant de la société civile locale.
"Au moment même où l'accord est en train d'être signé, les affrontements continuent sur le terrain", constate avec pessimisme Amos Bisimwa, représentant de la société civile à Bukavu, capitale provinciale.
Une soixantaine d'organisations de la société civile congolaise ont mis en garde dans une déclaration commune contre des accords qui "resteront des avancées sur le papier".
L'est de la RDC, riche en ressources et frontalier du Rwanda, est en proie à des conflits depuis trente ans, mais les violences ont connu un regain d'intensité avec la résurgence du M23 fin 2021. Les combats s'étaient intensifiés fin janvier, avec la prise des grandes villes de Goma, puis Bukavu, par le M23.
- Cessez-le-feu violé -
Washington ne démarre pas sur une page blanche avec ce nouvel accord. En trois décennies de conflits successifs, les initiatives pour ramener la paix dans l'est de la RDC se sont succédés. Une demi-douzaine de cessez-le-feu et de trêves ont été déjà été signés depuis 2021, avant d'être systématiquement violés.
Si l'accord de Washington a été signé, aucune poignée de mains n'a toutefois été échangée jeudi entre les dirigeants congolais et rwandais.
Kinshasa conditionne toujours l'application de tout accord de paix au retrait des troupes rwandaises de son territoire.
Tandis que Kigali, qui n'a jamais explicitement reconnu sa présence sur le territoire congolais, réclame encore comme préalable la neutralisation dans l'est de la RDC des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé fondé par d'anciens responsables hutu rwandais du génocide des Tutsi de 1994.
Par ailleurs, l'accord de Washington n'inclut pas le M23. Des pourparlers entre Kinshasa et le groupe armé ont été menés parallèlement au Qatar et une feuille de route préalable à un accord de paix a été signée en novembre. Les deux parties ont également signé en juillet à Doha une déclaration de principe en faveur d'un "cessez-le-feu permanent".
Mais régulièrement depuis, l'armée congolaise et le M23 se sont accusés mutuellement de violer ce cessez-le-feu.
strs-cld/cpy
K.Hill--AT