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Violeta Chamorro, la présidente qui pacifia le Nicaragua
Violeta Barrios de Chamorro, décédée samedi à 95 ans, fut la première femme présidente du Nicaragua (1990-1997) qu'elle réussit à mener sur la voie de la pacification et de la réconciliation après dix ans de guerre civile.
Atteinte de la maladie d'Alzheimer et affaiblie depuis 2018 par une embolie cérébrale, elle était retirée de la vie publique depuis plusieurs années. En 2023, elle s'était installée au Costa Rica auprès de trois de ses quatre enfants bannis du Nicaragua pour s'être opposés au président Daniel Ortega.
"Doña Violeta", comme avaient l'habitude de l'appeler les Nicaraguayens, restera la première femme élue présidente dans son pays et même en Amérique latine.
Née Violeta Barrios Torres le 18 octobre 1929 à Rivas (sud) dans une famille de propriétaires terriens, elle suit une partie de sa scolarité aux Etats-Unis.
Elle se marie en 1950 avec le journaliste Pedro Joaquin Chamorro, dirigeant du quotidien La Prensa, et opposant au dictateur Anastasio Somoza (1925-1980).
Après l'assassinat de son mari en 1978, un an avant la chute de la dictature, elle se lance à son tour dans la politique.
En 1979, elle fait partie de la Junte de reconstruction nationale, composée de cinq membres, qui prend le pouvoir après la victoire de la Révolution sandiniste. Mais elle démissionne rapidement en raison de désaccords avec le Front sandiniste de libération nationale (FSLN).
Elle se consacre alors au journal La Prensa et devient une opposante au gouvernement socialiste du FSLN.
Le 25 avril 1990, elle est élue sous la bannière de la coalition d'opposition aux Sandinistes, l'Union Nacional Opositora. Elle l'emporte avec 54,7% des voix face à Daniel Ortega (1985-1990) qui reviendra finalement au pouvoir en 2007 pour le confisquer depuis, notamment grâce à des réformes constitutionnelles sur mesure.
"Dans la culture machiste de mon pays, rares étaient ceux qui croyaient qu'en tant que femme (...) j'aurais la force, l'énergie, la volonté de battre" Daniel Ortega, mais "je savais que nous pouvions gagner. Si le mur de Berlin était tombé, pourquoi pas les Sandinistes ?", avait-elle déclaré.
- Désarmement -
Lorsque Violeta Chamorro accède au pouvoir à l'âge de 60 ans, le pays était ravagé par dix ans de conflit armé entre le FSLN et la guérilla des Contras, des paysans entrés en rébellion contre le gouvernement avec l'aide des Etats-Unis.
Le conflit a fait au moins 50.000 morts, l'économie était en ruines, aggravée par un strict embargo américain depuis 1985.
"Lorsque je suis devenue présidente, j'ai senti une énorme angoisse dans mon coeur d'hériter d'un pays en guerre et détruit", écrivait dans ses mémoires "Rêves du coeur" cette femme élancée, aux cheveux gris coupés courts.
Sa première décision est d'abolir le service militaire obligatoire. Elle lance ensuite le désarmement de 23.000 Contras et fait passer les forces armées de 85.000 à 15.000 soldats.
Elle s'attache à renforcer les institutions et à promouvoir la liberté d'expression.
Mais la présidente doit également affronter des grèves paralysant le pays face à son programme de réformes économiques libérales qui prévoyait de sévères coupes dans les dépenses sociales, alors que l'extrême pauvreté restait prégnante.
Elle réussit toutefois à réduire la dette extérieure du pays et à juguler l'hyperinflation qui atteignait 33.000%.
Les Sandinistes l'accusent d'avoir stoppé une réforme agraire et réduit à néant les réformes en matière d'égalité sociale.
"Qui a supprimé l'éducation gratuite que la Révolution garantissait, qui a fait disparaître le chemin de fer? Nous ne l'oublierons jamais!", critiquait la co-présidente et épouse de Daniel Ortega, Rosario Murillo.
Violeta Chamorro quitte le pouvoir en 1996 après un seul mandat, conformément à la constitution alors en vigueur.
Après son départ, cette mère de cinq enfants, dont un mort-né en 1958 alors qu'elle était en exil au Costa Rica, a créé une Fondation à son nom qui oeuvrait en faveur de la liberté d'expression, l'accès à l'information publique et la défense des droits humains. Celle-ci, qui était présidée par sa fille Cristiana a été fermée après l'adoption en 2020 d'une loi édictée par le gouvernement Ortega.
Quant au quotidien La Prensa, fondé en 1926, il a été investi en août 2022 par la police. Tout son personnel a pris le chemin de l'exil au Costa Rica d'où il publie ses informations sur internet.
P.Hernandez--AT