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Equateur: des milliers d'indigènes à Quito pour poursuivre les manifestations anti-gouvernementales
Les manifestations anti-gouvernementales se poursuivent pour la deuxième semaine consécutive en Equateur où des milliers d'indigènes ont afflué à Quito pour protester contre le président conservateur Guillermo Lasso, lequel les accuse de vouloir le "chasser" et a étendu l'état d'urgence.
A pied, en moto et dans des camions surchargés, les indigènes ont entamé lundi, au huitième jour des manifestations, une marche pacifique vers le centre de la capitale depuis Cutuglagua, l'une des deux entrées Sud où ils s'étaient rassemblés depuis dimanche.
Plusieurs centaines sont également arrivés par le nord dans Quito (trois millions d'habitants).
"Nous sommes le peuple et nous resterons ici jusqu'au bout", a assuré à l'AFP Víctor Taday, un indigène âgé de 50 ans originaire de la province de Chimborazo (Sud) et qui vit à Quito. Il veut que Lasso, un ancien banquier au pouvoir depuis mai 2021, "s'en aille".
La police a réquisitionné la Maison de la culture équatorienne, lieu d'accueil traditionnel dans la capitale pour les indigènes auxquels l'Université Polytechnique Salésienne de Quito a décidé d'ouvrir ses installations.
- Les députés exigent le dialogue -
Dans la ville côtière de Guayaquil (Sud-Ouest) deux marches massives se sont déroulées lundi, l'une pour la paix et l'autre contre le gouvernement.
Au Parlement, les députés ont approuvé lundi soir par 81 voix sur 137 votes une résolution exigeant une proposition gouvernementale de dialogue "sérieuse, claire et honnête" et réclamant une table ronde incluant l'ONU, la Croix-Rouge, les universités et l'Eglise catholique pour chercher des solutions à la crise.
Le parti indigène Pachakutik, bras politique de la Confédération des nationalités indigènes d'Equateur (Conaie) est la deuxième force au Parlement.
La Conaie, qui a participé aux révoltes ayant renversé trois présidents entre 1997 et 2005 et mené les violentes manifestations de 2019 (11 morts), organise depuis le 13 juin des marches et barricades pour exiger une baisse des prix du carburant.
Les manifestants dénoncent aussi le manque d'emplois et l'octroi de concessions minières dans les territoires autochtones. Ils réclament entre autres un contrôle des prix des produits agricoles et une renégociation des dettes des paysans auprès des banques.
Les peuples indigènes rassemblent au moins un million des 17,7 millions d'Equatoriens.
"Nous avons tendu la main, nous avons appelé au dialogue, mais ils ne veulent pas la paix, ils cherchent le chaos, ils veulent chasser le président", a tweeté lundi M. Lasso avec une vidéo montrant des images de manifestants se livrant à des violences dans la rue. "La démocratie ou le chaos, voilà la grande bataille", ajoute-t-il.
- Etat d'urgence étendu -
Plus tard dans la journée, après l'arrivée de la marche indigène dans la capitale, M. Lasso a étendu l'état d'urgence de trois à six des 24 provinces du pays en raison de violences avec les forces de l'ordre.
La mesure prise vendredi pour les provinces de Pichincha (dont la capitale est Quito), Cotopaxi et Imbabura, a été étendue à celles de Chimborazo, Tungurahua et Pastaza.
"Cette décision préserve le bien-être des citoyens face à la violence. Dans le même temps, les droits de ceux qui manifestent pacifiquement sont protégés", selon le gouvernement.
Soixante-trois policiers ont été blessés depuis le début des manifestations, selon un bilan officiel, tandis qu'une organisation locale de défense des droits humains a fait état de 79 arrestations et 55 civils blessés.
Depuis près d'un an, le prix d'un gallon de diesel a augmenté de 90% (à 1,90 dollar) et celui de l'essence de 46% (à 2,55 dollars). Les prix sont gelés depuis octobre dernier après les précédentes manifestations, mais la Conaie demande une baisse à respectivement 1,50 et 2,10 dollars.
Avant toute négociation, les indigènes exigent que M. Lasso réponde à leur cahier de doléances notamment leur demande d'interdire les concessions minières sur leurs territoires.
Dans un autre tweet, M. Lasso a assuré avoir répondu à ces exigences. "Leur réponse? De nouvelles menaces d'attaquer Quito. Je suis ici pour défendre Quito", a-t-il lancé, se disant cependant "toujours ouvert au dialogue".
T.Sanchez--AT