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Rétablir l'influence de Washington en Amérique latine, un défi de taille pour Biden
En organisant un long sommet à Los Angeles, Joe Biden a montré sa volonté de rétablir l'influence des Etats-Unis en Amérique latine. Mais la modestie de ses promesses et les critiques de ses invités illustrent l'ampleur de la tâche, surtout face à une Chine conquérante.
Une vingtaine de dirigeants ont participé jusqu'à vendredi au sommet des Amériques, organisé une semaine durant par le président américain et les ténors de son exécutif, qui ont multiplié les engagements en faveur d'une meilleure coopération sur les migrations, les énergies propres et les infrastructures de santé -- tout en les divertissant avec des réceptions fastueuses dignes d'Hollywood.
"Peu importe ce qu'il se passe dans le monde, les Amériques seront toujours une priorité pour les Etats-Unis d'Amérique", a martelé un Joe Biden accaparé depuis des mois par la guerre en Ukraine, formulant le voeux de voir son continent devenir "le plus tourné vers l'avenir, le plus démocratique, le plus prospère, le plus pacifique et le plus sûr" au monde.
Mais le président démocrate a aussi dû encaisser le boycott de son homologue mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, surnommé AMLO, et les critiques de nombreux dirigeants, notamment contre le maintien de la politique de pression sur Cuba et plus largement sur sa capacité à tenir ses engagements.
2023 marquera le bicentenaire de la doctrine Monroe définissant l'Amérique latine comme le pré carré des Etats-Unis, mais l'anniversaire sera voilé par l'ombre d'un concurrent de plus en plus redoutable.
La Chine, érigée par Washington en rival numéro un, est devenue rapidement le deuxième partenaire commercial de l'Amérique latine et même le premier de l'Amérique du Sud, qui vend massivement ses matières premières, du soja au pétrole, au géant asiatique.
Le pays communiste a prêté 150 milliards de dollars aux Etats latino-américains depuis 2005, dont près de la moitié au Venezuela, officiellement sans conditions politiques mais en plongeant certains d'entre eux dans ce que ses détracteurs décrivent comme un "piège de la dette".
- Ambitions modestes -
Au sommet, le président Biden a fait miroiter un "partenariat" économique continental pour favoriser une harmonisation, sans toutefois promettre d'argent sonnant et trébuchant, ni de nouveaux accès au marché américain.
A Washington, l'humeur n'est plus aux grands accords de libre-échange. Et les divisions politiques extrêmes rendent improbable toute initiative ambitieuse au Congrès -- en décalage avec la promotion acharnée du modèle démocratique par Joe Biden.
"C'était une erreur d'organiser un sommet avec si peu à offrir", déplore Christopher Sabatini, du cercle de réflexion Chatham House.
"L'idée selon laquelle le continent partage les mêmes principes et objectifs juste au nom du voisinage est terminée", dit-il. "Les Etats-Unis n'ont pas les moyens d'offrir grand-chose."
Jake Sullivan, conseiller diplomatique de la Maison Blanche, a fait valoir que la stratégie américaine ne consistait pas à prodiguer des financements publics, et que des accords commerciaux existaient déjà avec le Mexique, la Colombie ou encore le Chili.
Et pour rivaliser avec le modèle chinois, le secrétaire d'Etat Antony Blinken a évoqué des "réformes structurelles" à la Banque interaméricaine de développement, dont Washington est le premier bailleur, pour qu'elle aide davantage les pays à revenus intermédiaires -- pas assez pauvres pour bénéficier des prêts les plus avantageux.
- "Alternative globale" -
Analysant la perte d'influence américaine lors de la dernière décennie, Ryan Berg, du Center for Strategic and International Studies, estime que les Etats-Unis ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes pour avoir "délaissé le continent, considéré comme acquise sa contribution à la stabilité et la prospérité, et été incapables d'apporter les ressources et la créativité nécessaires pour proposer une alternative globale et significative au financement du développement par la Chine".
Jusqu'à récemment, l'absence du président du Mexique à un sommet organisé par son grand voisin aurait été inimaginable.
Or, AMLO l'a snobé pour protester contre le refus de Joe Biden d'inviter les dirigeants de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua, considérés à Washington comme des autocrates.
Le président américain a néanmoins pris soin, à Los Angeles, d'échanger avec des homologues allant de l'extrême droite, en rencontrant pour la première fois le Brésilien Jair Bolsonaro, jusqu'aux dirigeants de gauche du Chili et d'Argentine.
Jason Marczak, chargé de l'Amérique latine à l'Atlantic Council, un autre think tank de Washington, reconnaît que la participation était plus élevée que lors du précédent Sommet des Amériques, en 2018 au Pérou, où Donald Trump, alors président, n'était pas allé.
Il relativise les "tensions pré-sommet", "habituelles", et estime que Joe Biden a su cerner les intérêts de ses voisins méridionaux.
Pour autant, "de nombreuses annonces doivent être suivies de mesures concrètes, et il faut absolument en faire une priorité", prévient-il.
A.Taylor--AT