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Premier écueil politique pour Merz sur le chemin du réarmement de l'Allemagne
Les Verts allemands ont menacé lundi de torpiller le plan d'investissements géant du futur gouvernement de Friedrich Merz, dont ils critiquent les lacunes, premier obstacle aux ambitions du chef des conservateurs sur la route du pouvoir.
Moins de dix jours après sa victoire aux législatives, le futur chancelier avait frappé les esprits en annonçant un tournant majeur pour réarmer l'Allemagne et relancer son économie en débloquant des centaines de milliards d'euros d'investissements.
Ce "bazooka" financier a été salué comme une avancée par les partenaires de Berlin, en plein bouleversement de la relation transatlantique, mise à mal par le retour de Donald Trump à la Maison blanche.
Friedrich Merz doit, pour arriver à ses fins, obtenir le soutien du Parlement et veut aller vite : les changements constitutionnels nécessaires à ce programme de dépenses sans précédent seront examinés à partir de jeudi par la chambre basse du Parlement, le Bundestag. Un vote est ensuite prévu le 18 mars pour approuver cette nouvelle ère budgétaire.
Mais les Verts allemands, membres du gouvernement sortant, se sont rebellés lundi en annonçant qu'ils refuseraient, en l'état, de soutenir les propositions élaborées par le camp conservateur (CDU/CSU) en accord avec le parti social-démocrates (SPD) d'Olaf Scholz.
Si le parti écologiste maintient son refus, il pourrait priver le futur chancelier de la majorité des deux-tiers nécessaire pour modifier la constitution.
- Plus pour le climat -
"Quiconque souhaite notre approbation pour davantage d'investissements doit également montrer qu'il s'agit réellement d'investir davantage dans la protection du climat, d'investir davantage dans l'économie de ce pays", a déclaré la cheffe du groupe écologiste, Katharina Dröge.
Les Verts ont fustigé la volonté des conservateurs et des sociaux-démocrates d'assouplir les règles de discipline budgétaire au seul profit de la Défense : selon l'accord présenté la semaine dernière, les dépenses militaires seront à l'avenir exemptées du carcan du "frein à l'endettement" qui empêche l'État fédéral d'emprunter plus de 0,35% de son PIB chaque année.
Insuffisant pour les écologistes qui veulent obtenir "une réforme durable et réelle du frein à l'endettement" afin de financer d'autres grands projets, comme la transition climatique.
La seconde mesure budgétaire phare de Friedrich Merz -la création d'un fonds de 500 milliards d'euros sur 10 ans destiné aux infrastructures- ne trouve pas grâce non plus aux yeux des écologistes.
Alors que conservateurs et sociaux-démocrates ont promis de rénover ponts, écoles ou réseaux ferrés négligés depuis des années, les Verts craignent que ces milliards ne soient consacrés à faire des "cadeaux fiscaux" catégoriels, aux agriculteurs, aux automobilistes ou aux retraités.
"Nous rejetons clairement ce calcul politique", a déclaré lundi Felix Banaszak, co-dirigeant des Verts, tout en signalant la volonté du parti de discuter de "propositions sérieuses pour la défense et la sécurité de l'Allemagne".
- Dynamique contrariée -
Une main tendue aussitôt saisie par le parti conservateur CDU : "il est tout à fait légitime que les Verts disent qu'ils ont leur propres idées", a affirmé le secrétaire général du parti, Carsten Linnemann.
Les contre-propositions des écologistes sont "constructives", a-t-il dit, se disant confiant dans la possibilité d'un compromis.
Même sollicitude du côté des sociaux-démocrates. Le co-président du SPD Lars Klingbeil a assuré lundi "prendre très au sérieux les préoccupations des Verts".
La rébellion du parti écologiste, qui va retourner dans l'opposition après avoir été membre de la coalition gouvernementale depuis 2021, contrarie la dynamique impulsée par Friedrich Merz depuis les législatives du 23 février.
Ce vétéran de la politique allemande, sans expérience gouvernementale, a bouclé samedi la première phase de consultations pour former un gouvernement avec les sociaux-démocrates. Une feuille de route a été établie, définissant les grandes lignes du futur exécutif de la première économie européenne.
Cet obstacle franchi, les deux partis vont entrer cette semaine dans les détails de leur programme commun de gouvernement avec l'objectif de doter l'Allemagne d'une nouvelle coalition d'ici le 21 avril.
R.Garcia--AT