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"Un outil magique": comment les astronautes d'Artémis se serviront de leurs yeux pour étudier la Lune
Plus d'un demi-siècle après que les derniers hommes s'en sont approchés, des astronautes survoleront à nouveau lundi la Lune et useront à cette occasion d'un instrument plutôt commun pour l'étudier: leurs propres yeux.
Malgré le bond technologique qu'a connu le monde depuis l'ère Apollo, la Nasa se repose toujours étonnamment sur la vue de ses astronautes pour en apprendre plus sur l'astre.
"L'oeil humain est tout simplement le meilleur appareil photo qui ait jamais existé", explique à l'AFP Kelsey Young, responsable scientifique de la mission Artémis 2. "Le nombre de récepteurs dans l'iris dépasse de loin ce qu'un appareil photo est capable de faire."
Bien que moins bons sur certains aspects que les appareils photo derniers cris, nos yeux "sont très doués pour percevoir les couleurs, interpréter le contexte et pour réaliser les observations photométriques", c'est-à-dire des analyses basées sur l'étude du rayonnement lumineux, abonde la scientifique.
Un être humain peut ainsi capter "en littéralement un clin d'oeil" une nuance de couleur et comprendre la manière dont un relief diffère selon son illumination, des éléments très intéressants scientifiquement parlant et qui seraient difficiles, voire impossible à obtenir via des photographies ou vidéos.
"C'est un outil magique", s'était enthousiasmé Victor Glover qui pilote la mission Artémis 2 à l'évocation du sujet avant leur départ.
- Deux ans de formation -
Mais encore faut-il savoir s'en servir.
Afin de pouvoir tirer le meilleur parti de leurs yeux les quatre membres de l'équipage ont donc suivi une formation de plus de deux ans.
Au programme: enseignements théoriques, expéditions en Islande et au Canada pour effectuer des observations géologiques, et multiples simulations de survol de la Lune destinées à faire d'eux de véritables "scientifiques de terrain", détaille Kelsey Young, qui les a accompagnés.
Les trois astronautes Américains Reid Wiseman, Kristina Koch, Victor Glover et leur collègue canadien Jeremy Hansen ont dû notamment apprendre par coeur les "Big 15", c'est-à-dire 15 repères sur l'astre permettant de "s'orienter quoi qu'il advienne".
Ils ont aussi pratiqué des exercices de visualisation afin de comprendre comment l'angle du soleil change la perception des couleurs, des textures et de la morphologie et ont répété inlassablement leurs observations et prises de notes grâce à un globe lunaire gonflable de trois mètres de diamètre qu'ont suspendu les équipes face à une maquette de leur vaisseau.
"Je peux vous dire qu'ils ont hâte et qu'ils sont prêts!", sourit Kelsey Young.
L'équipage devra observer des sites et phénomènes correspondant à dix objectifs choisis par la Nasa pour leur intérêt scientifique.
- "Ballon de basket" -
Lors de leur survol, qui durera plusieurs heures, ils réaliseront des observations à l'oeil nu mais aussi via les appareils photo dont ils disposent.
L'astre leur apparaîtra alors aussi grand qu'"un ballon de basket tenu à bout de bras", décrit à l'AFP Noah Petro, responsable du laboratoire de géologie planétaire de la Nasa.
"La question qui m'intéresse le plus c'est de savoir s'ils vont réussir à distinguer des couleurs à la surface de la Lune", confie-t-il. "Je ne parle pas des couleurs de l'arc-en-ciel mais plutôt de tons brun foncé ou beige", qui pourraient renseigner les scientifiques "sur la composition de la Lune" et son histoire.
Il y a plus de 50 ans, les clichés et notes prises par leurs prédécesseurs d'Apollo avaient ainsi transformé notre compréhension de la Lune.
L'humanité a toutefois depuis envoyé plusieurs sondes qui ont permis la capture d'images de haute résolution de l'astre, pointe David Kring, du Lunar and Planetary Institute. Celui-ci dit à l'AFP ne pas s'attendre à des découvertes fracassantes.
Néanmoins, "cela fait au moins deux générations" que personne n'a entendu "des astronautes décrivant ce qu'ils voient" à proximité de la Lune et cette expérience aura "un impact sur le monde", prédit-il.
Le survol sera retransmis en direct par la Nasa, à l'exception d'une coupure de plusieurs dizaines de minutes quand le vaisseau passera derrière l'astre.
"Rien qu'en écoutant leurs descriptions lors des simulations j'avais des frissons dans les bras", confie Kelsey Young. "Donc je suis absolument convaincue que ces quatre-là vont nous livrer des descriptions incroyables."
D.Johnson--AT