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En Autriche, des réfugiés syriens dans la peur d'être expulsés
Venu il y a dix ans de Syrie, Khaled Alnomman pensait être arrivé enfin à bon port, quand il a reçu en janvier une lettre du gouvernement autrichien l'avertissant d'une possible révocation de son statut de réfugié.
"Ce fut un coup de poignard", confie-t-il à l'AFP dans son appartement de Wiener Neustadt, à une heure de Vienne, où un grand tapis oriental rappelle ses origines.
Depuis 2014, il a appris l'allemand, a travaillé comme maçon, a vu naître le plus jeune de ses quatre enfants en Autriche et a déposé une demande de naturalisation.
Alors pas question pour le Syrien de 42 ans de tirer un trait sur tous ces efforts "d'intégration" pour retourner dans son pays natal, qui fourmille selon lui de combattants "armés jusqu'aux dents".
Un pays à terre économiquement, désormais dirigé par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et confronté à de multiples défis.
"Je ne comprends pas", souffle-t-il en montrant ce courrier qui le laisse dans l'incertitude. "Donnez-moi un rendez-vous, demandez-moi ce que vous voulez, mais ne me dites pas soudain que je n'ai aucune chance. C'est de la folie", dit-il à l'intention des autorités autrichiennes.
- "Perdre le sommeil" -
A peine le président Bachar al-Assad chassé du pouvoir en décembre 2024, le débat sur l'accueil des réfugiés syriens a ressurgi en Europe, plusieurs pays annonçant un gel des procédures de demandes d'asile dans un contexte de forte progression électorale des partis d'extrême droite.
L'Autriche, qui compte près de 100.000 Syriens, est allée plus loin. Elle a entamé des procédures pour révoquer le statut de quelque 2.900 réfugiés et a stoppé les démarches de regroupement familial, une mesure que le nouveau gouvernement veut étendre à l'ensemble des nationalités.
Il est sous pression du parti nationaliste FPÖ, certes dans l'opposition, mais de très loin premier parti du pays dans les urnes et les sondages.
Le ministère de l'Intérieur a même évoqué "un programme de rapatriement et d'expulsion vers la Syrie", tout en reconnaissant que de telles mesures étaient impossibles à mettre en œuvre dans l'immédiat.
Depuis, la situation s'est encore tendue: le mois dernier, un Syrien a tué un adolescent de 14 ans dans une présumée attaque islamiste à Villach (sud), stoppée par l'acte d'un compatriote salué comme un héros.
Dans la foulée, le gouvernement a annoncé son intention de généraliser les "contrôles inopinés" contre les demandeurs d'asile afghans et syriens, promettant de travailler "jour et nuit" pour freiner l'immigration.
La communauté syrienne est désormais inondée "de commentaires haineux", déplorait récemment Ahmad al Hariri, organisateur d'une manifestation dans le centre de Vienne pour dénoncer "les amalgames".
- Mille euros -
"C'est une catastrophe pour nous", confirme Khaled Alnomman. "A cause de cet idiot, nous allons tous payer".
Si la procédure devrait prendre du temps, il n'empêche que comme lui, de nombreux réfugiés en ont "perdu le sommeil". "Nous avons tous peur", dit le quadragénaire qui se sent "sous pression constante".
D'autres ont abandonné tout espoir de faire venir leur famille.
Ahmed Elgrk, livreur de 37 ans, n'a pas vu sa femme et ses cinq enfants depuis quatre ans, quand il a fui la Syrie. Il commençait à préparer leur arrivée et avait déjà acheté des lits quand il a reçu ce courrier maudit.
"J'ai ri jaune, de douleur", raconte-t-il, refusant de rentrer. Pendant toutes ces années, "je ne cessais de dire à ma famille +encore un peu de patience, nous touchons au but+" et puis tout s'est effondré.
Le gouvernement autrichien a offert la somme de mille euros aux Syriens acceptant de repartir au pays. Pour l'heure, moins d'une centaine ont saisi cette proposition et pour Khaled comme pour Ahmed, une plus grosse mise ne changerait rien à leur désir de rester en Autriche.
E.Flores--AT