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"L'heure des crocs", le réquisitoire de Philippe Bilger contre CNews, son ancienne chaîne
Chroniqueur régulier sur CNews avant son éviction en janvier, l'ancien magistrat Philippe Bilger sort jeudi un livre dans lequel il fustige la "pensée unique" et le fonctionnement "totalitaire" de la chaîne, loin de la "liberté d'expression" qu'elle prône à l'antenne.
"CNews n'est absolument pas légitime pour donner des leçons de pluralisme et de liberté intellectuelle", assène M. Bilger dans un entretien à l'AFP avant la parution de "L'heure des crocs" (éditions l'Archipel).
Ce titre fait référence à l'émission "L'heure des pros" de Pascal Praud, vedette de la chaîne dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Première chaîne info de France en 2025, CNews est fréquemment accusée à gauche de promouvoir des thèses d'extrême droite, ce qu'elle conteste, à l'image de la polémique qui l'oppose au maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko.
Ce dernier a porté plainte après des propos prononcés à son sujet en plateau, et une enquête pour "injure publique" à caractère raciste a été ouverte. La chaîne, elle, "conteste formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus" à l'antenne.
- "Pensée conservatrice" -
Homme de droite revendiqué, Philippe Bilger souligne qu'il "adhère à 90% de la pensée conservatrice de CNews". Mais il lui reproche de préférer "le simplisme" et la "détestation des personnes" à "la nuance, la contradiction, la complexité".
"On sait immédiatement ce qu'il faut aimer, ce qu'il ne faut pas aimer: Trump est formidable, Sarkozy est forcément innocent, Israël a toujours raison, Sandrine Rousseau est une imbécile", développe l'ancien avocat général, 82 ans.
A ses yeux, cela dénote un fonctionnement "totalitaire", alors que CNews "se vante d'incarner la liberté d'expression": "On veut en permanence l'instauration d'une pensée unique, parce qu'on considère que c'est la seule qui peut s'imprimer dans la tête des gens".
"Il est important que ce livre ait été écrit par un réactionnaire, dans la définition très particulière que je donne à ce mot, plutôt que par un adversaire compulsif de CNews, qui ne regarde même pas la chaîne", fait-il valoir.
Sollicitée par l'AFP, CNews estime que M. Bilger "a été un intervenant de grande qualité", avec "850 interventions à l'antenne en 8 ans". "Nous regrettons qu'il soit dans une telle aigreur, de notre côté il n'y en a pas du tout", commente la chaîne.
- "Heureux" -
Philippe Bilger était chroniqueur régulier dans "L'heure des pros" depuis 2023, jusqu'à son éviction soudaine le 23 janvier. Elle lui a été annoncée par un programmateur, selon lui.
"Je n'ai jamais eu l'ombre d'une explication officielle", déplore-t-il, en visant le directeur général de CNews, Serge Nedjar, et Pascal Praud.
Il voit deux raisons principales à son exclusion: son rejet de la "partialité" affichée à l'antenne en faveur de Nicolas Sarkozy après sa condamnation à cinq ans de prison dans l'affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, et ses critiques envers Israël.
La chaîne, elle, assure qu'il n'en est rien: "D'autres intervenants sont partis, d'autres arriveront, c'est la vie d'une collaboration".
Le jour de son éviction, Philippe Bilger était en outre cité dans un article du Monde où il disait avoir "été traité comme de la merde" par CNews, qui avait déjà réduit ses collaborations.
"C'est une familiarité que je regrette", avoue-t-il, en reconnaissant qu'elle a pu jouer dans son exclusion.
Pour autant, l'ancien magistrat jure que ce départ forcé l'a rendu "heureux": "Je n'aurais jamais eu la résolution de le faire moi-même, pour des raisons utilitaires", alors que "j'étais de moins en moins heureux d'aller sur le plateau".
Et il se défend de mordre la main qui l'a nourri: "Je ne crache pas dans la soupe, c'est la soupe qui a craché sur moi, alors que j'avais participé à son élaboration et, modestement, favorisé son succès".
A.Williams--AT