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La BCE en piste pour une baisse de taux et un débat sur les effets du plan allemand
Les plans d'investissement géants annoncés par l'Allemagne rebattent les cartes pour l'économie européenne et ajoutent aux incertitudes de la BCE, qui se réunit jeudi avec en ligne de mire une nouvelle baisse des taux d'intérêt et un débat sur la suite de la détente monétaire.
La décision radicale du futur gouvernement allemand d'augmenter la dette publique pour les dépenses d'armement a déjà causé une poussée de fièvre des taux d'emprunt de l'Alllemagne, inédite depuis la Réunification.
Ce resserrement des conditions financières intervient alors que l'activité de la zone euro reste faible et que s'ajoute l'imposition imminente de droits de douane réciproques par les États-Unis qui menace d'amener de la récession en Europe.
A l'issue de la réunion jeudi des gardiens de l'euro, une nouvelle réduction de taux semble toutefois acquise selon les observateurs, pour marquer la confiance de l'institution dans le retour progressif de l'inflation à l'objectif de 2%.
Ce serait le cinquième assouplissement d'affilée — le sixième depuis juin dernier. Le taux de dépôt, qui fait référence, devrait être ramené de 2,75% à 2,50%, après une nouvelle baisse de 0,25 point.
En abaissant progressivement le loyer de l'argent, la BCE cherche à soutenir le crédit et ainsi la reprise économique.
- Multiples inconnues -
Le contexte oblige la BCE à jongler entre des objectifs parfois difficiles à concilier: maîtriser l'inflation tout en soutenant la croissance dans une zone euro fragilisée par des crises successives.
Le soudain resserrement des taux d'emprunt allemands devrait "inciter la BCE à laisser entendre que des baisses ultérieures (de taux) pourraient encore suivre" après celle de jeudi, estime Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.
Or, avant de se réunir, les membres de la BCE sont apparus divisés sur la suite du cycle monétaire.
Isabel Schnabel, membre du directoire, a suggéré qu'il était peut-être temps de discuter d'une pause dès mars, car les taux se rapprochent déjà d'un niveau qui ne pénalise ni ne favorise l'économie, ne laissant guère de marge pour les assouplir encore.
D'autres membres du conseil des gouverneurs de la BCE estiment qu'il est trop tôt pour ouvrir ce débat, vue la récente quasi-stagnation du PIB de la zone euro au dernier trimestre de 2024, notamment du fait d'un coût élevé de l'emprunt.
D'un autre côté, les dépenses colossales prévues par l'Allemagne, en s'affranchissant du dogme de la rigueur, pourraient doper la croissance européenne et l'inflation,faisant que "les attentes de baisse des taux de la BCE (pourraient) être reconsidérées", souligne Kathleen Brooks, directrice de recherche de la plateforme de trading XTB.
In fine, le débat sur une réduction ou non des taux courts face à la montée actuelle des taux longs sur le marché obligataire est le signe qu'"on a changé d'époque" après les annonces d'investissements massifs, selon M. Dor.
- Nouvelles prévisions -
L'évolution du conflit en Ukraine, pays qui ne peut plus compter en grande partie sur l'aide américaine face à l'agresseur russe, pourrait également influencer la trajectoire économique et donc les décisions de la BCE.
Ces risques ne seront pas encore pleinement intégrés dans les dernières projections économiques publiées jeudi par l'institution.
Cela vaut aussi pour le plan de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de prévoir 800 milliards d'euros pour la défense, examiné jeudi à Bruxelles.
La BCE prévoit à ce jour une inflation à 2,1% et une croissance du PIB de 1,1% pour 2025 en zone euro.
Annalisa Piazza, analyste obligataire à MFS Investment Management, anticipe une "légère révision à la hausse de l'inflation, en raison des prix de l'énergie et d'un euro affaibli".
La Réserve fédérale américaine (Fed) a déjà suspendu ses baisses de taux, en raison de l'inflation persistante aux Etats-Unis, ce qui a fortement déplu à Donald Trump.
H.Gonzales--AT