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Ukraine, défense: les Européens entre convergences et désaccords
Face à l'offensive diplomatique américano-russe visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, les Européens vivent une phase clé de leur histoire après une réunion à Paris marquée par des désaccords habituels, mais aussi certaines convergences.
"C'est vraiment un moment où ça passe ou ça casse", résume pour l'AFP une source européenne qui requiert l'anonymat. "Il se joue en Ukraine des choses plus grandes que l'Ukraine, à commencer par notre sécurité".
Des pays-clés européens réunis lundi à Paris sur l'Ukraine ont exprimé à l'unisson la nécessité d'un "accord de paix durable s'appuyant sur des garanties de sécurité" pour Kiev, et leur "disponibilité" à "augmenter leurs investissements" dans la défense, selon un résumé obtenu mardi de sources parlementaires.
Le temps est compté. "Jamais depuis 1945, le risque d'une guerre en Europe n'avait été aussi élevé qu'aujourd'hui", a jugé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, devant l'Assemblée nationale, notant que parallèlement, "les Etats-Unis, et c'est leur droit, (avaient) décidé de se désengager progressivement".
- "Défis colossaux" -
"Il est temps (...) que l'Europe se réveille et qu'elle prenne la mesure des menaces qui sont devant elle", a-t-il ajouté, relevant que "des défis colossaux" se présentaient à elle pour garantir la paix en Ukraine.
Selon Stephan Wolf, professeur à l'Université de Birmingham, "l'Europe a connu de nombreux tournants et avertissements par le passé. Ce qui est différent aujourd'hui, c'est qu'un nouvel ordre multipolaire est en train d'émerger - et l'Europe n'est pas l'un des pôles".
Toutefois, selon des sources parlementaires, la réunion a accouché d'un "accord assez large" autour des principes-clés suivants: "rien sur l'Ukraine sans l'Ukraine", "rien sur la sécurité européenne sans les Européens", "nécessité de soutenir la pleine et entière souveraineté de l'Ukraine" et "de préserver l'unité" de l'Alliance entre Américains et Européens.
Et selon ces sources, les participants sont convenus de "redoubler d'efforts pour augmenter" le soutien à Kiev et d'envisager d'augmenter les budgets de la défense.
Ces points de convergence n'ont pas empêché les divisions de resurgir. "C'est l'Europe. On est 27 (...) avec des histoires qui sont incroyablement différentes", résume la source européenne.
Plusieurs pays membres ont exprimé notamment des réticences sur l'envoi de troupes européennes en Ukraine, dans l'hypothèse d'un accord de paix.
Selon la Première ministre italienne d'extrême droite Giorgia Meloni, l'envoi de troupes est la solution "la plus complexe et la moins efficace" pour assurer la paix en Ukraine.
Mme Meloni a également souligné l'importance d'impliquer Washington dans toutes discussions sur l'Ukraine.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a de son côté exhorté l'Europe et les États-Unis à continuer d'"agir ensemble", tout en estimant qu'il était "hautement inapproprié" de débattre aujourd'hui de l'envoi de troupes en Ukraine, tant que la guerre fait rage.
- "Backstop" américain -
La solution d'un "backstop" ou soutien américain, évoquée par le Premier ministre britannique Keir Starmer, pourrait rendre une participation militaire allemande en Ukraine moins improbable.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a aussi fait savoir que son pays ne déploierait pas de soldats. A quelques mois de l'élection présidentielle, dans lesquelles les Européens craignent une ingérence russe, Varsovie a jugé prudent de ne pas annoncer d'engagement.
A l'autre bout de l'échiquier continental, la diplomatie hongroise a fustigé "des dirigeants européens frustrés, proguerre et anti-Trump" qui "se réunissent pour empêcher un accord de paix".
Pendant ce temps, Russes et Américains se sont entendus mardi à Ryad pour établir un "mécanisme de consultation" pour régler leurs contentieux et vont nommer des négociateurs pour le règlement de la guerre.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé pour sa part à des pourparlers "équitables", incluant l'UE, le Royaume-Uni et la Turquie, après avoir dénoncé cette rencontre russo-américaine qui ne fait, a dit à l'AFP un haut responsable ukrainien, qu'"alimenter l'appétit" de Vladimir Poutine.
D.Lopez--AT