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Elizabeth II, reine de la diplomatie par le vêtement
Sur le croquis d'une robe de soirée destinée à un voyage officiel en Inde et au Pakistan en 1961, Elizabeth II a écrit à la main qu'elle la voulait cousue en "satin jaune", couleur symbole de santé et de prospérité dans cette région.
Ce croquis fait partie des quelque 300 pièces présentées, certaines pour la première fois, dans l'exposition "Elizabeth II, sa vie en style", qui ouvre vendredi au palais de Buckingham à Londres: une plongée inédite dans la garde-robe de la souveraine britannique (1926-2022), qui met en lumière la dimension diplomatique qu'elle conférait à ses vêtements.
Dans la "galerie du roi" où se tient l'exposition se succèdent ainsi robes-fourreau étincelantes de sequins et tenues tourbillonnantes aux couleurs éclatantes typiques des années 1960. On y admire de spectaculaires robes de soirée au drapé tout droit sorti de l’atelier du maître espagnol Balenciaga, des tenues qu'elle a portées enceinte, ou encore ses costumes militaires datant de la Seconde guerre mondiale.
Sans parler d'une muraille de chapeaux, "finishing touch" emblématique des looks de la défunte souveraine.
Que l'on soit féru de mode ou fan de la famille royale britannique, cette exposition, qui affiche déjà complet pour le mois d'avril, est un feu d'artifice visuel.
Clou du spectacle ? La robe de mariée de la mère de l'actuel roi Charles III, datant de 1947, ou encore celle de son couronnement avec ses impressionnantes broderies, toutes deux dessinées par le Britannique Norman Hartnell.
- Visées politiques -
"On a voulu rendre hommage à son style mais aussi à la mode et aux créateurs britanniques", souligne Caroline de Guitaut, conservatrice de l'exposition, qui révèle avoir pioché dans un total de 4.000 pièces pour monter cette exposition.
Par-dessus tout, l'exposition éclaire une facette incontournable de la garde-robe royale : ses visées politiques. Ou comment l'art de se vêtir peut servir un autre art, celui de la diplomatie.
La robe de son couronnement en est la parfaite illustration: elle est ornée des fleurs officielles du Royaume-Uni (la rose pour l'Angleterre, le poireau pour le pays de Galles et le chardon écossais) ainsi que des symboles floraux des pays du Commonwealth.
Tel un fil rouge, cette dimension diplomatique de sa garde-robe va marquer tout le règne d'Elizabeth II, d'une durée record de 70 ans.
En 1954, lors d'une tournée en Australie, dont le monarque britannique est également chef de l'Etat, elle porte une étole jaune délicatement brodée de mimosa - ou plus précisément acacia pycnantha - doré, la fleur nationale du pays.
Et en 1961, lors d'une visite au Pakistan, elle dîne avec le président pakistanais vêtue d'une robe en satin aux couleurs du drapeau de ce pays, ancienne colonie britannique.
"Elle était la reine incontestée de la diplomatie vestimentaire", affirme Caroline de Guitaut.
A chaque fois, l'objectif est le même: "montrer son respect pour le pays dans lequel elle se rend", poursuit la conservatrice, qui rappelle que ces visites ont lieu sur le conseil du gouvernement britannique, généralement dans des pays avec lesquels le Royaume-Uni souhaite développer les relations diplomatiques.
- "Rien ne lui échappait" -
Une pratique qui rompt avec les anciens codes royaux, rappelle à l'AFP l'historienne Lisa Hackett.
Aujourd'hui cantonnés à des rôles protocolaires, les monarques "ne se servent plus de leurs vêtements pour montrer leur pouvoir" mais pour communiquer respect ou courtoisie, dit cette historienne de l'université de Nouvelle-Angleterre, en Australie.
Ces codes, Elizabeth les maîtrisait parfaitement.
"Dès son plus jeune âge, on lui a appris quel était son rôle et comment s'habiller", souligne Lisa Hackett.
Elizabeth II était aussi très impliquée dans l’élaboration de ses tenues. "Elle décidait ce qu'elle voulait porter, choisissait ses couturiers et même ses fournisseurs", détaille Caroline de Guitaut.
Sa note manuscrite sur le croquis de la tenue du voyage en Inde et au Pakistan n'a rien d'exceptionnel: l'exposition montre qu'elle en a rédigées à plusieurs reprises.
"Rien ne lui échappait. Je crois qu'on peut dire qu'elle avait une maîtrise presque totale de son style", conclut la conservatrice.
L'exposition, accessible moyennant un prix d'entrée de 22 livres, prendra fin le 18 octobre 2026.
E.Flores--AT