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Les yeux rivés sur Trump et Poutine, l'UE et l'Otan parlent défense
Les dirigeants des pays de l'UE, le Premier ministre britannique et le secrétaire général de l'Otan se retrouvent lundi à Bruxelles pour tenter de doper les dépenses de défense face à l'agressivité de la Russie, au moment où Donald Trump exige des alliés qu'ils passent à la vitesse supérieure.
Ce sommet dans la capitale belge est une "triple première": première fois que les 27 se retrouvent depuis la prestation de serment du 47e président américain, première fois que leur rencontre est consacrée exclusivement à la défense, première fois qu'un dirigeant britannique se joint à eux depuis le Brexit.
Depuis le lancement de l'invasion russe de l'Ukraine, il y a près de trois ans, les pays européens ont sensiblement augmenté leurs budgets militaires.
Mais ils reconnaissent aussi presque à l'unisson qu'ils ne s'arment pas encore assez vite sur fond d'inquiétudes croissantes face à la possibilité que Vladimir Poutine s'en prenne à l'un d'entre eux dans les années à venir.
La retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné une nouvelle dimension au débat, le tonitruant président répétant sur tous les tons que l'Europe ne doit plus tenir la protection américaine pour acquise.
Il exige désormais que les pays européens doublent au minimum leurs dépenses militaires, en y consacrant au moins 5% de leur Produit intérieur brut, un objectif jugé irréaliste pour nombre d'entre eux.
- Groenland -
Le magnat de l'immobilier a aussi promis sur les estrades de campagne de mettre rapidement fin à la guerre en Ukraine, suscitant l'inquiétude des Européens qui redoutent qu'il contraigne Kiev à accepter un mauvais accord.
Au-delà de la question de défense, Trump a multiplié les menaces, tous azimuts, envers ses alliés européens.
La Première ministre danoise Mette FrederiksenLa Première ministre danoise Mette Frederiksen - qui vient d'effectuer une tournée de plusieurs capitales européennes - espère un message commun face aux visées du milliardaire républicain sur le Groenland, une territoire dépendant de son pays.
Le spectre d'une guerre commerciale planera aussi sur la rencontre de Bruxelles.
Donald Trump, qui vient d'infliger 25% de taxes sur les produits canadiens et mexicains, et 10% sur les produits chinois, répète que le tour de l'Europe viendra.
"L'UE nous a très mal traités", a-t-il tonné vendredi depuis le Bureau ovale. Bruxelles a promis de riposter "avec fermeté" si elle était ciblée par des droits de douane "injustes".
- "Comment faire?" -
Si le consensus sur la nécessité d'augmenter les dépenses de défense est là, la façon d'y parvenir reste l'objet d'âpres débats. "La question n'est pas faut-il le faire mais comment faire?", résume un responsable européen.
Bruxelles estime que le bloc devra investir 500 milliards d'euros en plus dans la défense sur la décennie à venir.
Comment financer ces besoins? Les fonds européens doivent-ils être alloués exclusivement à des armements européens? Quel doit être le rôle de l'Otan dans cet effort annoncé?
Nombre de pays plaident pour un grand emprunt européen. Mais l'Allemagne, qui se prépare à des législatives le 23 février, ne veut pas ouvrir le débat sur ce sujet politiquement sensible.
"Si nous n'abordons pas frontalement la question du financement, le risque est que cette rencontre de Bruxelles ne soit qu'un exercice de pure forme", s'inquiète un diplomate européen.
Dix-neuf pays de l'UE, dont la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, ont appelé la Banque européenne d'investissement (BEI) à financer davantage le réarmement face à la Russie.
- Accord avec Londres ? -
Sur les achats d'armes, la France - accusée par certains de ses partenaires de se préoccuper d'abord de son industrie nationale - insiste sur l'origine européenne de la production.
D'autres pays jugent qu'au moment où l'industrie européenne peine à soutenir la cadence, les critères ne devraient pas être trop stricts. Et acheter des armes aux Etats-Unis pourrait être un moyen de garder des relations aux moins correctes avec Trump, arguent-ils.
Face aux turbulences annoncées dans les relations transatlantiques, certains sont tentés de resserrer les liens avec un vieil ami: le Royaume-Uni.
Cinq ans après le Brexit, un Premier ministre britannique fera son retour lundi dans le cercle des dirigeants européens... au moins le temps d'un dîner.
Depuis son arrivée au pouvoir en juillet, le travailliste Keir Starmer affiche sa volonté de relancer les relations avec Bruxelles et l'hypothèse d'un accord de sécurité est évoquée.
"L'Europe doit redoubler d'efforts pour écraser la machine de guerre de Poutine, alors que l'économie russe montre des signes d'affaiblissement", va dire M. Starmer devant le Conseil européen, selon un communiqué de Downing Street.
Les tensions héritées du Brexit subsistent toutefois et les points de friction n'ont pas complètement disparu.
Au-delà des appels au "reset" (nouveau départ), nombre de diplomates européens jugent qu'il ne pourra y avoir de progrès tangibles avec Londres en l'absence d'accord en particulier sur l'épineux dossier des droits de pêche.
H.Gonzales--AT