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Feux, plantes sous stress: à Cannes, des satellites assemblés pour scruter une planète déréglée
Anticiper orages et feux de forêt ou mesurer le stress des plantes: à Cannes, les ingénieurs de Thales Alenia Space finalisent l'assemblage de trois satellites qui amélioreront la détection et le suivi des épisodes extrêmes liés au dérèglement climatique.
Sur ce site spatial entre mer et montagne dans le sud-est de la France, reconnu pour son expertise optique et ses moyens d'essais comme la chambre de vide thermique, les opérateurs en blouse et charlotte sont sur la dernière ligne droite dans les salles blanches, ces espaces cliniques où l'on protège les équipements de pointe.
Le satellite Meteosat troisième génération (MTG) pour les prévisions météo "immédiates", Sentinel pour la surveillance des océans et l'expérimental Flex qui explorera la fluorescence émanant de la végétation quitteront bientôt Cannes vers Kourou, en Guyane française, d'où ils seront lancés d'ici la fin de l'année.
Ces satellites représentent "un système d'observation européen qui est unique au monde", souligne Dirk Bernaerts, responsable de la mission d'exploration de la Terre de l'Agence spatiale européenne.
- "Différence" par rapport aux USA -
S'ajoutant aux dispositifs déjà en orbites, ces satellites "nous permettront de rester au plus haut niveau mondial", souligne Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space (TAS), contrôlé à 67% par le français Thales et 33% par l'italien Leonardo.
Alors que l'administration Trump "a coupé 50% des budgets scientifiques pour l'observation de la Terre", "l'Europe très engagée sur ces sujets va accroître sa différence par rapport aux Etats-Unis", déclare-t-il à l'AFP.
Parmi les nouveautés: MTG est équipé d'un détecteur d'éclairs pour étudier ces phénomènes "encore mal connus", souligne Hervé Derrey.
Les images se rafraîchissent toutes les deux minutes et demie, contre dix minutes auparavant.
"Cela permet d'identifier le moment où l'évènement (feu, poussière) se déclenche" et aidera les météorologues "à donner des alertes en temps réel", souligne Olivier Brize, responsable du programme MTG de TAS.
Flex (FLuorescence EXplorer) fournira, lui, les données sur l'impact des vagues de chaleur sur la végétation. Il va surveiller la fluorescence, cette lumière rouge émise par les plantes lorsqu'elles réalisent la photosynthèse, un processus par lequel elles absorbent le CO₂ et, grâce à l'eau et à la lumière, le transforment en énergie nécessaire à leur croissance tout en libérant de l'oxygène dans l'air.
L'expérience doit permettre de "faire le lien entre le stress végétal et la fluorescence et de le quantifier", explique Thierry Huiban, responsable du programme Flex chez TAS.
Flex sera lancé en même temps et mis sur la même orbite que Sentinel 3, qui embarquera plusieurs instruments sophistiqués mesurant l'environnement océanique (température, couleur, hauteur des vagues, courants marins), mais aussi l'occupation et l'usage des sols pour optimiser les rendements et prévenir les crises alimentaires.
Une mission "complémentaire" à celle du satellite Flex, selon Dirk Bernaerts.
- Salariés en surcharge -
La branche spatiale de Thales semble reprendre des couleurs après une crise liée à la contraction du marché des satellites de communication qui avait déclenché en 2024 un plan social.
Ayant redéployé les deux tiers des effectifs qui étaient concernés par le plan social, Thales a finalement suspendu en 2025 ce plan de suppression d'un millier de postes dans le spatial en France.
Sans que les 1.600 salariés à Cannes ne se sentent rassurés.
"Ce plan d'adaptation avait été conçu pour apporter la flexibilité nécessaire" face "aux évolutions des besoins en satellites et constellations", déclare à l'AFP le PDG, Hervé Derrey.
"C'était une situation très anxiogène", confie Laura Bernet, secrétaire du CSE central de TAS.
Avec les départs volontaires, "pas mal de compétences sont parties", déplore Benoît Lepaix, délégué de FO.
Les contrats signés en 2025 sont "encourageants" pour Thales, selon Hervé Derrey, mais le groupe évolue toujours dans un marché "en très forte mutation", prévient-il. Selon lui toutefois, "les compétences ont été préservées" grâce aux "mobilités internes via le centre d'ingénierie intégré".
Pour autant, selon le syndicaliste Benoît Lepaix, nombre de salariés font désormais face à une charge du travail très importante au vu de la reprise d'activité, et "il y a un risque d'épuisement élevé ou très élevé pour 16%" d'entre eux.
D.Lopez--AT