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Liban: des habitants reviennent dans leurs villages malgré les tirs israéliens, deux morts
Des habitants du sud du Liban ont pu revenir lundi dans certains villages frontaliers où s'est déployée l'armée libanaise, malgré de nouveaux tirs israéliens ayant fait deux morts et 17 blessés au lendemain d'une journée sanglante, selon les autorités.
Ces violences, peu susceptibles cependant de raviver la guerre entre Israël et le Hezbollah selon un analyste, interviennent alors que la date limite pour le retrait israélien du sud du Liban a été repoussée au 18 février.
Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a déclaré lundi soir que son mouvement considérait "la poursuite de l'occupation comme une violation de la souveraineté libanaise".
Le retrait des troupes israéliennes devait au départ s'achever dimanche, à l'expiration du délai de 60 jours prévu par l'accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre.
Dimanche, 24 personnes, dont six femmes, avaient été tuées et plus de 100 blessées par des tirs de l'armée israélienne alors qu'elles bravaient avec des centaines d'autres habitants les soldats israéliens pour tenter de retourner dans leurs villages dévastés, selon le ministère de la Santé.
Dans des circonstances similaires, deux personnes ont été tuées lundi et 17 autres blessées dont un enfant et un secouriste, a indiqué la même source.
La guerre entre le Hezbollah pro-iranien et Israël avait fait plus de 4.000 morts selon les autorités libanaises et de 900.000 déplacés.
Lundi matin, un correspondant de l'AFP a vu des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants, brandissant des drapeaux du Hezbollah, massés derrière un remblai de sable en attendant d'entrer dans leur village de Kfar Kila où l'armée israélienne est encore déployée.
- "Pas peur des balles" -
Dans la ville de Bint Jbeil, qui commande l'entrée à plusieurs villages frontaliers, des partisans du Hezbollah distribuaient des portraits de son chef tué par Israël, Hassan Nasrallah, des pâtisseries et de l'eau aux voitures.
"Ils pensent qu'ils nous effraient avec des balles, mais nous avons vécu sous les bombardements, nous n'avons pas peur des balles", a déclaré à l'AFP Mona Bazzi depuis cette ville frontalière qui a subi d'énormes destructions.
Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), l'armée libanaise a acheminé lundi "des renforts" aux abords de Maiss al-Jabal, alors que des habitants étaient rassemblés aux entrées du village.
"Nous avons attendu dans la file pendant de longues heures, mais nous n'avons pas pu entrer", explique Mohammed Choukeir, 33 ans.
Il a accusé les troupes israéliennes d'avoir tiré sur les civils "rassemblés à l'entrée du village".
Selon l'Ani, "un drone israélien a largué une bombe près des habitants qui tentaient de rentrer à Yaroun, dans le but de les intimider", sans faire de victimes.
Le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee, avait de nouveau appelé lundi sur X les habitants du sud du Liban à "attendre".
Dans le village de Houla, des habitants sont entrés "après le déploiement de l'armée (libanaise) dans plusieurs quartiers", selon l'Ani.
L'armée libanaise, qui se redéploie au fur et à mesure que les troupes israéliennes se retirent, avait annoncé dimanche soir qu'elle "continuait d'accompagner les habitants" rentrant chez eux, "pour les protéger face aux attaques israéliennes".
- "Protéger ses acquis" -
Un photographe de l'AFP a indiqué que des tractopelles s'employaient à rouvrir les routes aux côtés des secouristes à la recherche d'éventuels corps décomposés au milieu des ruines.
Le Hezbollah, qui est ressorti très affaibli par la guerre, doit retirer ses forces et démanteler toute infrastructure militaire restante dans le sud du pays, selon les termes de l'accord cessez-le-feu.
"Israël doit se retirer (..) Toute conséquence résultant d'un retard dans ce retrait incombe aux Nations unies, aux Etats-Unis, à la France et à l'entité israélienne", a déclaré lundi le chef du mouvement libanais Naïm Qassem, en référence aux membres du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu.
Dans une allocution préenregistrée, il a appelé à faire pression sur Israël, saluant le président français Emmanuel Macron qui avait "demandé à Israël de respecter et d'appliquer l'accord."
"Nous faisons face à une occupation qui agresse et refuse de se retirer, et la résistance a le droit d'agir comme elle le juge approprié", a-t-il mis en garde.
Mais Hilal Khachan, professeur de Sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth, estime qu'"il n'est pas question pour le Hezbollah de reprendre la confrontation armée (avec Israël), sinon le parti aurait montré ses armes hier."
Désormais, "l'objectif du mouvement est de protéger ses acquis au Liban", a-t-il ajouté.
En vertu de l'accord qui a mis fin le 27 novembre à la guerre, seuls l'armée libanaise et les Casques bleus de l'ONU doivent être déployés dans le sud du Liban.
Israël, qui avait jusqu'au 26 janvier pour se retirer, a annoncé vendredi que l'opération se poursuivrait au-delà de cette date, affirmant que l'accord n'a pas été totalement appliqué par le Liban.
A.Clark--AT