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"Je peux enfin rentrer chez moi": la joie de Syriens réfugiés en Egypte
Reda al-Khedr n'avait que cinq ans lorsqu'il a fui avec sa mère, en 2014, le siège de la ville de Homs par l'armée syrienne. Dix ans plus tard, au Caire, il a encore du mal à croire que le pouvoir, qui a tué son père, est tombé.
"Je me souviens à peine de la Syrie", déclare l'adolescent à l'AFP. "Mais maintenant, nous allons rentrer chez nous, dans une Syrie libérée. Nous en avons fini avec Bachar al-Assad et son régime corrompu", se réjouit-il, après la prise de Damas dimanche par des rebelles emmenés par des islamistes radicaux, et la fuite du président déchu, qui met fin à un demi-siècle de règne de son clan.
Le père de M. Khedr avait disparu en 2014. Sa mort a été confirmée l'année dernière, avant que les insurgés n'ouvrent une prison après l'autre, libérant des milliers de personnes. L'adolescent dit faire partie de la "nouvelle génération" syrienne "qui reconstruira en mieux" le pays.
Depuis 2011, quand la répression des manifestations prodémocratie a tourné à la guerre civile, environ 1,5 million de Syriens ont cherché refuge en Egypte, selon les estimations onusiennes. Quelque 150.000 d'entre eux sont enregistrés comme réfugiés.
Dimanche, dans l'ouest du Caire, où les entreprises syriennes sont concentrées, l'air est à la fête.
"La moitié de l'équipe ne s'est pas présentée, ils ont passé toute la nuit à faire la fête", déclare à l'AFP le gérant d'un restaurant syrien. "Maintenant, on est à court de personnel."
- Premier repas à Damas -
Mohamed Feras, vendeur dans un magasin voisin, a les yeux rivés sur les informations depuis la nuit. "Je n'ai pas vu ma famille depuis 13 ans. Maintenant, je peux enfin rentrer chez moi", dit ce trentenaire qui, à 19 ans, avait fui son pays, comme un grand nombre de jeunes, pour échapper au service militaire.
"Ma famille me demande déjà ce que je veux manger pour mon premier repas à Damas", s'amuse-t-il.
Pour les milliers de Syriens qui ont pris racine en Egypte, le retour "ne se fera pas du jour au lendemain", note Mohamed al-Shami, chef cuisinier de 36 ans. "Mais nous retournerons" en Syrie, assure-t-il, même si sa maison familiale près de Damas a été "rasée par des bombardements".
Pour Shawkat Ahmed, 35 ans, directeur d'une confiserie, "il n'y a plus de retour en arrière possible", malgré "quelques craintes de voir le chaos s'installer". Sa première réaction a été de se demander "ce qui est arrivé à Bachar", qui se trouve à Moscou, selon les agences de presse russe.
Pour certains, la joie se teinte de peine. "Je ne peux m'empêcher de penser à mon ami qui a appelé à la liberté il y a 15 ans, j'aimerais qu'il puisse voir cela", déclare Yassin Nour. A 30 ans, ce natif d'Alep dit avoir passé près de la moitié de sa vie à l'ombre des "destructions, tueries, déplacements et terreur" qui ont suivi le soulèvement syrien.
"Vous ne pouvez pas nous quitter maintenant", lance un client égyptien dans la confiserie. "Vous viendrez nous voir dans une Syrie libre", répond le vendeur en lui offrant des sucreries tout juste baptisées "bonbons de la victoire".
A.O.Scott--AT