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Syrie: des habitants de Homs fuient en masse après la progression rebelle
Des Syriens ont fui en masse jeudi la ville de Homs après la prise par les rebelles de la cité stratégique proche de Hama lors d'une offensive fulgurante qui porte un coup dur au pouvoir de Bachar al-Assad.
Située au sud d'Alep, la deuxième ville de Syrie, la ville stratégique de Hama commande la route vers Homs, à une quarantaine de km au sud, et la capitale Damas, deux grandes villes encore aux mains du pouvoir.
Dans la soirée, des dizaines de milliers d'habitants de Homs, principalement membres de la communauté alaouite dont est issu M. Assad, fuyaient vers la côte ouest, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Les rebelles emmenés par les islamistes extrémistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) ont lancé le 27 novembre une offensive surprise à partir de leur bastion d'Idleb (nord-ouest), s'emparant de dizaines de localités, de la majeure partie d'Alep (nord) et de Hama. Les hostilités ont fait plus de 800 morts, selon une ONG.
Mais les habitants de Homs, la troisième ville de Syrie, disent craindre l'avancée rebelle.
"La peur couvre la ville", a affirmé à l'AFP Haidar, un habitant d'un quartier alaouite joint par téléphone, qui cherche à fuir le plus vite possible pour Tartous, un bastion alaouite sur la côte occidentale, où il a déjà évacué ses parents.
Après l'entrée des rebelles à Hama, des habitants sont descendus dans les rues, à pied ou en longues files de voitures, pour les acclamer, selon des images de l'AFP. Certains ont mis le feu à un portrait géant du président syrien accroché sur un bâtiment municipal.
Des rebelles ont tiré en l'air, d'autres se sont agenouillés pour prier, tandis qu'un cadavre gît dans la rue.
- "Echec collectif" -
La coalition rebelle s'est prévalue sur Telegram de la "libération totale de Hama", et d'avoir notamment fait sortir de la prison centrale "des centaines de prisonniers".
Selon l'OSDH, "plus de 200 véhicules militaires" de l'armée ont quitté Hama vers Homs.
Les hostilités sont les premières de cette ampleur depuis 2020 dans un pays meurtri par une guerre civile dévastatrice qui a fait un demi-million de morts depuis 2011, et l'a morcelé en zones d'influence, avec des belligérants soutenus par différentes puissances étrangères.
Depuis le 27 novembre, les combats et bombardements ont fait 826 morts dont 111 civils, selon l'OSDH, basé au Royaume-Uni et qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie. Sur ce total, 222 combattants sont morts depuis mardi autour de Hama, a précisé l'Observatoire.
L'ONU a fait état de 115.000 déplacés en une semaine.
Son patron, Antonio Guterres, a appelé à mettre un terme au "carnage" en Syrie, résultat d'un "échec collectif chronique" à enclencher un règlement politique du conflit.
- "Joie indescriptible" -
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays est un soutien majeur des rebelles, a appelé M. Assad, soutenu par la Russie et l'Iran, à trouver "d'urgence" une "solution politique".
Après le lancement de l'offensive rebelle, la Russie qui dispose de bases en Syrie, a lancé des raids aériens sur les secteurs contrôlés par les insurgés, en soutien aux forces gouvernementales.
C'est grâce à l'appui crucial de la Russie mais aussi de l'Iran et du Hezbollah libanais pro-iranien, que le pouvoir syrien avait inversé le cours de la guerre en 2016 en reprenant une grande partie du territoire.
Aujourd'hui affaibli par deux mois de guerre ouverte avec Israël, le Hezbollah a redit se tenir au côté de M. Assad.
De son côté, le chef de HTS, Ahmed al-Chareh, connu sous son nom de guerre Abou Mohammed al-Jolani, a appelé l'Irak voisin à rester à l'écart du conflit.
A Alep, la grande ville du Nord, des habitants revenus avec les troupes rebelles ont célébré leurs retrouvailles avec leurs proches.
"Une joie indescriptible", a dit Mohammed Jomaa, 25 ans, qui avait fui la ville et quitté sa famille à la prise totale d'Alep par le pouvoir en 2016.
Des policiers et militaires ayant déserté faisaient aussi la queue devant des bureaux pour s'enregistrer auprès des forces insurgées.
- "Pas de vengeance" -
Le chef de HTS a affirmé qu'il n'y aurait "pas de vengeance" à Hama, dans un message vidéo, après avoir annoncé que ses combattants étaient entrés dans la ville "pour refermer la blessure ouverte il y a 40 ans".
Hama a été en 1982 le théâtre d'un massacre sous la présidence de Hafez al-Assad, père du dirigeant actuel, lors de la répression d'une insurrection des Frères musulmans.
"La perte de Hama est un coup très dur pour le gouvernement syrien, surtout après sa défaite à Alep. C'est là que l'armée a tenté de renverser la situation (...) mais elle n'y est pas parvenue", dit à l'AFP Aron Lund, chercheur au Century International. "HTS va maintenant essayer de progresser vers Homs."
A.Clark--AT