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Géorgie: des milliers de manifestants pro-UE pour la cinquième soirée consécutive
Des milliers de manifestants pro-UE se sont à nouveau rassemblés lundi soir devant le Parlement à Tbilissi, la capitale de la Géorgie, avant d'être dispersés par la police, au cinquième jour d'une mobilisation d'ampleur dans ce pays du Caucase.
Le parti Rêve géorgien, au pouvoir depuis 2012 et accusé par ses opposants de dérive autoritaire prorusse, a déclenché jeudi ces protestations en repoussant à 2028 toute négociation d'adhésion avec l'UE - un objectif pourtant inscrit dans la Constitution de cette ex-république soviétique.
Le gouvernement refuse toute négociation avec l'opposition.
Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Volker Türk, a exprimé lundi sa profonde inquiétude après les violences qui ont émaillé les manifestations des derniers jours, dénonçant un usage "disproportionné de la force" contre les protestataires.
Lundi soir, devant le Parlement, épicentre des tensions, des manifestants serrés les uns contre les autres ont agité des drapeaux géorgiens ou européens, a constaté une journaliste de l'AFP.
Quelques centaines de mètres plus loin, sur l'avenue Roustavi, elles ont aussi utilisé du gaz lacrymogène, selon un reporter de l'AFP.
Des manifestants ont, eux, lancé des feux d’artifice au-dessus des policiers protégés par des boucliers tandis que d’autres ont utilisé des lasers, dirigés vers les yeux, pour les empêcher de voir.
Guiorgui, 35 ans, accuse la police de violer "la loi chaque jour". Il est déterminé à continuer de manifester car, selon lui, c’est "la seule solution". "On doit être là pour protester contre cette dictature qui se forme", dit-il.
"On veut la liberté, et on ne veut pas se retrouver en Russie", dit pour sa part Nika Maghradzé, 21 ans, au visage partiellement masqué.
Plusieurs milliers de manifestants pro-UE, selon des médias locaux, se sont également rassemblés dans la cité portuaire de Batoumi, la deuxième ville du pays.
- Refus de négocier -
Plus tôt, le Premier ministre géorgien, Irakli Khobadidzé, avait rejeté toute négociation avec l'opposition et assuré que son gouvernement ferait le "maximum d'efforts" pour intégrer son pays à l'Union européenne, alors qu'il avait lui-même annoncé la semaine dernière suspendre les ambitions d'adhésion.
Il a également agité le spectre d'une ingérence extérieure, soutenant que les manifestations étaient financées "depuis l'étranger". Quoi qu'il en soit, "il n'y aura pas de révolution en Géorgie", a averti M. Khobadidzé.
Ce mouvement a lieu alors que l'autorité de son parti, Rêve géorgien, est très contestée par l'opposition, qui l'accuse d'avoir "volé" les législatives du 26 octobre.
Le pouvoir géorgien prend souvent comme contre-exemple l'Ukraine, envahie par les troupes russes depuis bientôt trois ans. Ses responsables accusent l'Occident de vouloir entraîner la Géorgie dans une guerre avec Moscou.
Dans cette logique, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a tracé un parallèle entre la situation en Géorgie et la révolution de Maïdan en Ukraine en 2014.
- Grèves et interpellations -
Depuis le début des rassemblements, plusieurs dizaines de personnes - manifestants, journalistes et policiers - ont été blessées, parfois grièvement, selon les deux camps, même si le nombre exact n'a pas été clairement établi.
Au total, 224 personnes ont été interpellées depuis jeudi, a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué.
Les manifestants ont accusé la police de les violenter. Les avocats d'une ONG, Legal Aid Network, ont affirmé lundi sur Facebook que des personnes arrêtées avaient été "sévèrement tabassées" et que certaines étaient hospitalisées, notamment pour des fractures du nez et de la mâchoire.
La Lituanie, la Lettonie et l'Estonie ont annoncé avoir sanctionné des personnalités géorgiennes responsables, selon elles, d'avoir violé les droits humains lors des manifestations.
Lundi toujours, des grèves en solidarité avec les manifestants ont débuté dans des établissements scolaires, institutions publiques et entreprises, selon des médias nationaux.
- Accusations d'élections truquées -
Les Géorgiens défilent pour l'UE tout autant que contre la Russie voisine, la foule scandant régulièrement des slogans hostiles à Moscou.
Le pays niché sur les rives de la mer Noire reste traumatisé par l'invasion russe de 2008, au cours d'une brève guerre.
Moscou avait ensuite reconnu l'indépendance de deux régions géorgiennes séparatistes frontalières de son territoire, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, où la Russie maintient toujours une présence militaire.
Malgré les accusations d'irrégularités, le gouvernement a exclu d'organiser un nouveau scrutin.
Les manifestants géorgiens ont reçu l'appui de Washington, Kiev et Bruxelles, qui ont notamment dénoncé l'usage de la force par la police.
La Géorgie a obtenu officiellement le statut de candidat à l'adhésion à l'UE en décembre 2023, mais Bruxelles a depuis gelé le processus, accusant l'exécutif d'opérer un grave recul démocratique.
R.Garcia--AT