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Barnier prépare sa feuille de route avec ses ministres et beaucoup d'ornières sur son chemin
Michel Barnier a réuni vendredi son gouvernement pour s'accorder sur la feuille de route qu'il présentera mardi devant l'Assemblée nationale et tenter d'asseoir son autorité déjà mise à mal par certains ministres, le tout sous la "surveillance" de l'extrême droite et dans un contexte budgétaire très contraint.
La réunion a débuté peu après 15 heures et s'est achevée peu avant 19h00.
Les ministres ont travaillé par tables de huit sur plusieurs thématiques (niveau de vie, territoires et services publics, économie et finances publiques, intégration et immigration, transition écologique) pour "dégager des idées fortes qui puissent alimenter la déclaration de politique générale" (DPG), selon Matignon.
Ce qui a permis une photo officielle dans les jardins de Matignon, et non à l'Elysée comme de coutume, sans le président Emmanuel Macron, marquant symboliquement la distance entre leurs deux locataires, l'un de droite, l'autre du centre.
Michel Barnier présente son projet dans un contexte inédit de "multicohabitation", selon le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius. Cohabitation avec le président même si les deux hommes réfutent ce terme, cohabitation à l'Assemblée nationale où il ne dispose d'aucune majorité absolue même en additionnant les élus du centre et de la droite, et cohabitation au sein même de son gouvernement.
Il semble de ce fait peu probable que Michel Barnier demande un vote, comme il peut le faire, à l'issue de son discours.
- "Responsables avant d'être populaires" -
La gauche a déjà prévu de déposer une motion de censure en fin de semaine prochaine, tandis que l'extrême droite en agite la menace, sans dire à quelle échéance, et dispose ainsi du "baiser de la mort", dixit un parlementaire Liot.
Avant ce séminaire, le Premier ministre a reçu l'ensemble des forces syndicales et patronales qui ont salué son "écoute", sans déceler ses intentions.
Il a aussi réuni mercredi autour d'une même table les groupes politiques de sa coalition, après plusieurs couacs et le recadrage de deux ministres EPR (Ensemble pour la République, ex-Renaissance).
"Il veut montrer qu'il est le patron, il n'a aucun intérêt à apparaître faible", fait valoir un cacique de la macronie.
"Nous devons être responsables avant d'être populaires". "On ne sera pas toujours applaudis mais il faut qu'on soit respectés comme des gens honnêtes et sérieux qui essaient de faire le travail", se sont entendu dire des participants.
Mais le coup de fil du Premier ministre à Marine Le Pen, qui n'avait pas apprécié que le nouveau locataire de Bercy Antoine Armand refuse de travailler avec le RN, a exaspéré dans le camp présidentiel.
- "Dévastateur" -
Une cadre Renaissance regrette même la participation de son parti au gouvernement. "On a Marine Le Pen qui appuie sur le bouton, le Premier ministre qui se couche, c'est absolument dévastateur".
Michel Barnier a certes réuni à Matignon jeudi les ministres Bruno Retailleau (LR, Intérieur) et Didier Migaud (ex-PS, Justice) qui, à peine nommés, avaient engagé un bras de fer par médias interposés.
Mais il ne s'agissait "pas du tout" d'un recadrage, selon l'entourage du Premier ministre, juste de "travailler sur les lignes communes sécurité et justice" de la DPG.
Didier Migaud s'est dit vendredi prêt à travailler avec Bruno Retailleau pour voir s'il faut "faire évoluer l'arsenal juridique" après le meurtre de l'étudiante Philippine alors que le suspect était en attente d'expulsion.
Autre sujet délicat, la volonté tenace de la droite de réduire l'aide médicale d'Etat accordée aux étrangers en situation irrégulière, hypothèse dénoncée par huit anciens ministres de la Santé car elle aurait des "conséquences sanitaires, humaines, sociales et économiques inacceptables".
Outre l'immigration, qui a déjà fracturé l'ex-majorité, plusieurs sujets seront difficiles à arbitrer, comme la proportionnelle, à laquelle le parti allié Horizons et LR ne sont pas favorables, le texte sur la fin de vie, auxquels sont opposés plusieurs ministres conservateurs, ou encore les impôts, que les macronistes ne veulent pas augmenter.
Or Michel Barnier doit résoudre la quadrature du cercle budgétaire, avec un déficit qui pourrait dépasser les 6% du PIB en 2024.
Depuis cette annonce mercredi, "à 5 ans, nous empruntons plus cher que la Grèce", a déploré un participant au séminaire, devant lequel avait été invité comme expert le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. "Pour accéder à 3% de déficit en 2028 et après, la marche de 2025 va être très haute", a souligné la même source.
L'équilibre entre coupes dans les dépenses et recettes fiscales supplémentaires s'annonce par conséquent très délicat à trouver, alors que la France est visée par une procédure de déficit excessif par la Commission européenne.
A.O.Scott--AT