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"Nous sommes prêts": à Kiev, la détermination d'une réserviste face à la menace russe
Dans sa salle à manger à Kiev, Mariana Jaglo sort un long fusil de son étui kaki. Réserviste, cette Ukrainienne de 52 ans se dit prête à défendre son pays en cas d'invasion russe.
"Nous ne les attendons pas ici, mais nous sommes prêts à leur assurer un accueil dont il se souviendront", prévient froidement cette employée dans le marketing, qui s'est inscrite comme réserviste il y a deux ans.
"Je ne suis pas seule. Nous sommes nombreuses comme ça en Ukraine", ajoute-t-elle. "Aucun homme ne fera ce qu'une femme peut faire pour protéger sa famille, son enfant. C'est une force redoutable", poursuit cette femme de militaire.
Mère de deux filles adultes et d'un fils de 12 ans, elle a dépensé "deux à trois mille dollars" - une petite fortune dans l'un des pays les plus pauvres d'Europe - pour s'acheter il y a un an un fusil de chasse ukrainien Zbroyar Z-15, et l'équiper de matériel supplémentaire pour l'adapter au combat.
"Viseur mécanique, viseur optique, supports, silencieux", énumère fièrement Mme Jaglo, qui a aussi fait une formation de tireur d'élite. Conformément à la loi, son arme ne fait pas de tirs en rafale.
L'est de cette ex-république soviétique de 40 millions d'habitants est en proie à une guerre avec les séparatistes parrainés par Moscou. Le conflit, qui a fait plus de 13.000 morts, a éclaté après l'annexion en 2014 par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée.
Ces derniers mois, la tension a encore monté d'un cran. Les Occidentaux accusent la Russie d'avoir massé une centaine de milliers de soldats près des frontières ukrainiennes en vue d'une invasion. Ils menacent Moscou de sanctions sans précédent et livrent des armes à Kiev.
- Pas de panique -
Certains médias vont jusqu'à évoquer le risque de frappes aériennes russes contre la capitale ukrainienne, et plus de 48% des Ukrainiens jugent possible une invasion russe, selon un sondage publié cette semaine.
Aucune panique n'est visible dans le pays, mais beaucoup prennent leurs précautions en préparant des sacs d'urgence, faisant des stocks de produits de première nécessité. D'autres s'enregistrent à des formations de survie ou de premiers soins.
Mme Jaglo, elle, a préparé son sac à dos militaire: uniforme, casque, gilet pare-balle, gants, genouillères... Avec d'autres réservistes, cette brune aux cheveux courts grisonnants s'entraîne régulièrement à tirer, patrouiller ou se mettre en embuscade.
"S'il n'y avait pas eu de guerre, je n'aurais jamais pensé à m'occuper de ces questions militaires", dit l'Ukrainienne.
Le journaliste Oleksandre Makhov, lui aussi réserviste, avait dû quitter l'est de l'Ukraine pour Kiev après le début du conflit avec les séparatistes. Aujourd'hui, son sac est prêt.
"L'évacuation, je ne vais pas la vivre une deuxième fois. C'est un sac pour aller combattre", dit ce correspondant de guerre de 35 ans. "J'ai un plan et je suis prêt".
Mme Jaglo n'a pas de plan précis pour sa famille et n'a nulle part où envoyer ses enfants si la situation se dégrade. "Bien sûr que je m'inquiète", avoue-t-elle, tout en espérant que la guerre pourra être évitée.
"Beaucoup de pays nous livrent des armes, nous envoient des spécialistes qui apprennent à nos militaires à se servir de ces armes, cela a aussi un effet", dit Mme Jaglo.
Pour elle, la crise actuelle est due aux ambitions "impérialistes" du président russe Vladimir Poutine qui utilise la "propagande" pour propager ces idées dans son pays.
"J'ai une attitude tout à fait normale envers les Russes en tant que peuple, la même qu'envers les Français, les Allemands ou les Chinois", ajoute la réserviste. Mais si le pire arrive, elle n'hésitera pas à viser l'ennemi. "Je ne veux pas tuer des gens mais défendre ma maison", martèle-t-elle.
M.King--AT