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Rugby: "quand tout devient urgent, on explose", juge Laurent Labit
Quand "tout devient urgent et tout est important, au bout d'un moment, on explose", juge le manager de Perpignan Laurent Labit, qui confie dans un entretien accordé à l'AFP avoir été marqué par la "décompensation" vécue par l'entraîneur de Toulon Pierre Mignoni.
QUESTION: En tant que manager de Top 14 vous aussi, comment avez-vous perçu les difficultés rencontrées par Pierre Mignoni à Toulon?
REPONSE: "On le vit comme les collègues, c'est sûr qu'il faut en être conscient. On a tous des caractères et des personnalités différentes et on est aussi impactés par ce qui nous arrive dans nos vies professionnelles, mais qui peuvent aussi des fois être aussi un sujet avec nos vies personnelles qui viennent se rajouter. Tout ça, il faut arriver à le gérer."
Q: Comment gérer de telles périodes?
R: "On peut le gérer bien sûr seul, on peut le gérer avec notre entourage aussi, qui est très important. Notamment pour moi, ma femme par exemple, on est marié depuis très longtemps. Même si on est dans le rugby depuis longtemps, le rugby c'est pas son truc. Donc elle a toujours un avis vraiment neutre, qui m'aide sur les situations ou les décisions qui sont un peu lourdes. Et ensuite, on peut aussi se faire aider ou se faire accompagner par des personnes extérieures et des personnes dont c'est le métier."
Q: Mettez-vous des pratiques en place pour ménager votre santé mentale?
R: "Pour ma part, j'aime bien aussi m'accorder des sas, pas forcément de liberté, mais avec les présidents, avec les gens du club, d'éviter de répondre au téléphone, d'éviter d'habituer aussi les gens autour de nous. Il y a des moments où on peut s'appeler, des moments où on peut travailler, des moments où on doit aussi faire autre chose, et c'est pas pour ça qu'on ne travaille pas, mais sinon tout devient urgent et tout est important, et au bout d'un moment, on explose."
Q: Est-ce que la prise de parole de Pierre Mignoni vous a surpris?
R: "Non, pas du tout, parce que je connais quand même assez bien Pierrot, et je sais qu'il a une personnalité, il a justement une façon de faire, une exigence, un professionnalisme qui font qu'il passe beaucoup de temps (au travail). Et puis surtout, pour Pierre, comme c'était le cas par exemple de Franck (Azéma, son prédécesseur à l'Usap), que j'ai remplacé ici à Perpignan, c'est encore plus dur pour eux parce que tu reviens chez toi, et il y a tout qui se mélange. Il y a l'environnement, c'est ton club, c'est ta maison, donc les choses, tu les prends encore plus à cœur que si c'était un autre club. Pierrot aussi est revenu à Toulon, il est chez lui, donc ça le ronge encore plus que si c'était un autre endroit."
Q: Voyez-vous la santé mentale comme un vrai problème chez les managers?
R: "Bien sûr, la santé mentale, dans tous les domaines, c'est très important, on s'y attarde souvent quand ça ne va pas. Mais à l'inverse, la santé mentale, c'est quand tu as gagné aussi. Celle-là, elle fait du bien, mais tu t'enflammes, et à la sortie, tu as du mal à regagner. La remise en question est valable dans les deux sens. Elle fait plus mal, bien sûr, quand ça ne marche pas et quand tu perds, mais c'est quelque chose qui doit être très important."
Q: Avez-vous déjà connu de telles situations, proche du burn-out?
R: "J'aurais pu, je pense, le rencontrer, avec mon expérience au Stade français (2023-2025), par exemple. J'ai bien vu au bout de quelques mois que ce n'était pas en adéquation avec ma façon de fonctionner, ma façon de penser, les valeurs... J'aurais pu m'en rendre malade, donc j'ai demandé d'arrêter, ce que le club a accepté. Donc je m'en suis sorti, mais j'aurais pu aussi finir, bien sûr, comme Pierrot (Mignoni) à Paris."
Propos recueillis par Eric DUBUIS.
A.Ruiz--AT