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L'Argentine aux urnes pour élire son président
Ereintés par le surendettement et l'inflation, les Argentins votent dimanche au premier tour de l'élection présidentielle, entre la tentation d'un candidat "antisystème" et la certitude de lendemains difficiles.
Rarement depuis le retour de la démocratie il y a 40 ans, un scrutin n'a été aussi incertain en Argentine, où l'inflation atteint des niveaux parmi les plus élevés au monde (138%).
Javier Milei, économiste "anarcho-capitaliste" de 53 ans, qui promet de "tronçonner" l'Etat, admire Donald Trump et nie toute responsabilité de l'homme dans le changement climatique, a renversé la table en deux ans à peine en politique, au point de se trouver en tête des intentions de vote au premier tour.
"Qu'ils s'en aillent tous, qu'il n'en reste plus un !", a encore crié M. Milei, le visage de la "bronca" (colère), en meeting de clôture cette semaine, fidèle au fil rouge "dégagiste" de sa campagne contre la "caste politique parasite" qui alterne au pouvoir depuis vingt ans, entre péronistes (centre-gauche) ou libéraux.
Dans cette "élection de trois tiers", comme l'ont baptisée les sondeurs, M. Milei recueille environ 35% des intentions de vote, devant Sergio Massa (autour de 30%), le ministre de l'Economie et candidat du bloc gouvernemental de centre-gauche, et Patricia Bullrich (26%) de l'alliance d'opposition (centre-droit), une ex-ministre de Sécurité sous le président libéral Maurico Macri (2015-2019).
Derrière eux, deux candidats mineurs Myriam Bregman (gauche radicale) et Juan Schiaretti (coalition centriste) ne dépassent pas la barre des 4%.
- Austérité, ou ajustements ? -
Pour les Argentins, l'incertitude du lendemain est compagne habituelle: 12,4% d'inflation en août, 12,7% en septembre --plus fort indice mensuel en 32 ans-- des étiquettes qui valsent d'une semaine sur l'autre. Et une guérilla de tous les jours pour déjouer les prix ou pour faire face aux échéances de crédits.
"C'est insupportable, invivable, l'autre jour j'achète un morceau de viande, 1000 pesos (1 dollar), c'était à 500 le mois dernier", réagit Hector Sanchez, serveur de 59 ans, qui se dit tenté de voter Milei "pour mettre les gens au travail, un vrai travail, au lieu de vivre de programmes sociaux".
Là se joue sans doute le scrutin, quelque part entre la colère, l'inquiétude et le scepticisme.
Envers Mme Bullrich, qui promet "le gouvernement le plus austère de l'histoire de l'Argentine", et un audit sévère du mille-feuilles social, dans un pays à 40% de pauvres, 10% de plus qu'il y a huit ans.
Envers M. Massa, qui assure que "le pire de la crise" est passé grâce à un prochain boom exportateur, mais ne pourra éviter un tour de vis à une économie pathologiquement sur-subventionnée, sous l'oeil du FMI auquel l'Argentine peine à rembourser un prêt colossal de 44 milliards de dollars.
Ou envers M. Milei, au projet de "dollarisation", soit le remplacement de la monnaie nationale par la devise américaine, décrié dans un manifeste par 170 économistes de divers bords comme un "mirage" au périlleux coût social et inflationniste.
- Le "baromètre d'angoisse" -
"Les gens sont fatigués, en ont tellement marre qu'ils croient ce que Milei dit", se désole Irene Landa, 70 ans, contrainte de travailler car sa retraite de 130.000 pesos (355 dollars) ne suffit en rien. "Mais pour moi, ce serait comme confier un revolver à un singe !".
"L'arrivée de Milei a engendré un terrible sens d'inconnu (...) Il y a une volonté de changement, mais même s'il est populaire, la perspective d'un virage drastique met les gens sur les nerfs", analyse Benjamin Gedan, économiste spécialiste de l'Argentine au think tank Wilson Center.
"Le plus sûr, pour se couvrir, c'est d'acheter des dollars. C'est ce que j'ai fait toute ma vie", confie Irene, qui a vu la devise nationale, le peso, dégringoler en deux ans de 99 à 365 pesos pour un dollar au taux officiel --près de 1.000 pesos au taux parallèle de la rue, véritable "baromètre de l'angoisse" des Argentins, selon M. Gedan.
Au lendemain de la primaire d'août, sorte de "répétition" de la présidentielle qui avait vu la percée de M. Milei (30%), le peso, sous pression, avait été dévalué de 20%.
Pour être élu au premier tour, un candidat doit obtenir au moins 45% des voix, ou 40% des suffrages mais avec 10% d'avance sur le deuxième. Dans le cas contraire, un deuxième tour aura lieu le 19 novembre.
Quelque 35,8 millions d'électeurs renouvellent aussi dimanche la moitié des députés, et un tiers du Sénat.
Les premiers résultats sont attendus vers 22H00 locales (01H00 GMT).
A.Ruiz--AT