Arizona Tribune - Sècheresse et betterave sucrière: quand ce n'est même plus la peine de récolter

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Sècheresse et betterave sucrière: quand ce n'est même plus la peine de récolter
Sècheresse et betterave sucrière: quand ce n'est même plus la peine de récolter / Photo: Thomas SAMSON - AFP

Sècheresse et betterave sucrière: quand ce n'est même plus la peine de récolter

"Mon père a 87 ans. De sa vie, il n'avait jamais vu de champ où les betteraves ne seraient pas arrachées". Cyrille Milard, qui a repris l'exploitation depuis plusieurs décennies, se tient devant un champ terreux où les betteraves sucrières pourrissent sur pied, avant de dessécher.

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La campagne de récolte s'étale de septembre à décembre pour cette plante de grande culture - à distinguer de sa cousine, la betterave rouge, légume cultivé en maraîchage.

Mais encore faut-il pouvoir la récolter.

A ce moment de l'année, d'habitude, l'agriculteur peine à traverser le champ, sa marche entravée par les feuillages drus de la betterave. La racine, dodue, pèse jusqu'à un kilo et renferme une chair ferme et blanchâtre.

Cette année, dans plusieurs zones des régions productrices (au nord de la Loire), le rendement est en forte baisse. Ou la récolte n'est pas vendable.

La sècheresse et les fortes chaleurs ont ralenti la croissance des betteraves et affaibli leur résistance, favorisant la prolifération des charançons et d'une maladie fongique, le rhizopus. Les feuilles sont piquetées et flétries, la racine ressemble à un moignon momifié.

- Enfouir les betteraves -

Alexis Garnot, 32 ans, a repris l'exploitation de ses parents près de Maison-Rouge (Seine-et-Marne). Cette année, il avait 70 hectares de betteraves. La parcelle qu'il arpente présente 40 à 50% de betteraves "non marchandes" (non vendables aux coopératives sucrières qui récupèrent les récoltes mises en tas au bord des routes par les exploitants).

Au-delà de 20% par parcelle, la coopérative ne prend pas car on ne peut pas trier les bonnes des mauvaises. Et pour l'agriculteur, récolter coûte plus cher que laisser sur place puisqu'il ne pourra pas vendre le produit.

Il va donc falloir enfouir les betteraves, une fois que l'expert assurance sera passé, explique le jeune agriculteur, qui pratique, comme tous les exploitants de betteraves, la polyculture en rotation. Ce champ sera semé de blé pour la récolte 2027 et ne reverra des betteraves que dans cinq ans.

"On ne sait pas ce que ça va donner, puisqu'on a jamais +pas récolté+", indique son voisin cultivateur, Cyrille Milard, 50 ans, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) Ile-de-France, association du syndicat agricole FNSEA. "Mon père a vécu la sècheresse de 1976, mais même alors, on avait récolté 30 tonnes".

Lui n'a "que" 20 hectares plantés en betteraves cette année, mais les autres cultures ont aussi souffert. Comme Alexis Garnot, il estime ses pertes à plusieurs dizaines de milliers d'euros, aides déduites. Pour la 3e année consécutive, il puisera dans les économies dont il dispose après 30 ans de métier. "Pour les jeunes qui démarrent, c'est très dur".

- Depuis Napoléon -

La CGB estime à un milliard d'euros les pertes de la filière au niveau national.

La production est attendue au plus bas "depuis au moins 1980", selon Agreste, le service des statistiques du ministère de l'Agriculture, avec une récolte estimée à 25,4 millions de tonnes. Un repli de 29% sur un an en raison de la chute du rendement (-24%) et d'une diminution des surfaces cultivées (-6%).

Elle est une des "grandes cultures" qui ont le plus pâti de la sècheresse, avec le maïs et la pomme de terre, avec de fortes disparités selon les endroits.

La betterave sucrière est cultivée en France depuis Napoléon, pour répondre au blocus continental imposé par la Grande-Bretagne qui coupait la France de ses îles productrices de canne à sucre.

Elle donne du sucre mais aussi de l'alcool, pour les spiritueux ou la pharmacie (les gels hydro-alcooliques) ou encore du bioéthanol.

La France est le premier producteur de sucre en Europe et compte 19 sucreries (deux groupes coopératifs et un groupe industriel), quasiment toutes situées dans un périmètre de 30 km des exploitations. Six ont fermé depuis 2019 et les surfaces diminuent.

La sucrerie de Nangis, à proximité de Maison-Rouge, ouvre dans quelques jours. Mais avec quoi va-t-elle tourner?, s'interrogent les deux agriculteurs.

W.Stewart--AT