Arizona Tribune - "Pas d'électricité, pas de vote": en Afrique du Sud, l'ANC face à la tentation du vote sanction

Euronext
AEX -0.25% 1126.87 €
BEL20 -0.01% 5735.71 €
PX1 -0.75% 7752.75 €
ISEQ -0.41% 13968.23 €
OSEBX 0.12% 2088.12 kr
PSI20 0.38% 9272.81 €
ENTEC -0.41% 1416.23 €
BIOTK -0.54% 4203.65 €
N150 -0.13% 4195.5 €
"Pas d'électricité, pas de vote": en Afrique du Sud, l'ANC face à la tentation du vote sanction
"Pas d'électricité, pas de vote": en Afrique du Sud, l'ANC face à la tentation du vote sanction / Photo: EMMANUEL CROSET - AFP

"Pas d'électricité, pas de vote": en Afrique du Sud, l'ANC face à la tentation du vote sanction

Les câbles qui serpentent le long des sentiers du township de Katlehong, près de Johannesburg, la capitale économique d'Afrique du Sud, trahissent le branchement sauvage du quartier au réseau électrique, une solution de fortune pour les habitants qui attendent leur raccordement depuis 20 ans.

Taille du texte:

Excédés, ils ont décidé de tourner le dos au Congrès national africain (ANC), le parti de l'ex-président Nelson Mandela (1918-2013), lors des élections municipales du 4 novembre. Dans d'autres localités, les coupures d'eau, la collecte défaillante des ordures ou la corruption des élus alimentent un ras-le-bol en passe de déboucher sur un nouveau revers électoral pour l'ANC.

"Nous avons pris la décision ensemble: pas d'électricité, pas de vote", explique à l'AFP Lesiba Rankapole, 59 ans, responsable d'un quartier de Katlehong, à 30 km au sud-est de Johannesburg. "Nous savons que notre raccordement est illégal mais n'avions pas le choix: nous ne pouvons pas vivre dans le noir (...) Nos enfants ne peuvent pas se développer sans électricité", ajoute-t-il.

Parti centenaire qui a mené la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, au pouvoir depuis les premières élections libres en 1994, l'ANC fait face au désenchantement d'une partie de son électorat face au délabrement des services publics et à un chômage de masse.

Il est "certain que nous n'allons pas voter, et surtout pas pour l'ANC", abonde un autre habitant de Katlehong, Enock Majola, 57 ans, qui cite pêle-mêle les décharges sauvages et les terrains délaissés par la municipalité. "Je suis né ANC mais aujourd'hui, je ne veux plus entendre personne me parler de l'ANC, car on en bave."

- Déclin -

Le parti de Nelson Mandela, héros de la libération, frôlait la barre des 70 % des voix lors des élections générales de 2004. Lors des élections locales de 2021, il est passé pour la première fois de son histoire sous les 50 % (45,59 %), tout en gardant le contrôle de près de la moitié des 257 municipalités.

Son déclin électoral s'est confirmé en 2024: avec quelque 40 % des voix, le parti a pour la première fois été contraint de former un gouvernement de coalition.

L'ANC doit aussi faire face à des formations dissidentes telles que le parti uMkhonto weSizwe (MKP), créé et dirigé par l'ancien président Jacob Zuma (2009-2018), qui participe pour la première fois aux élections locales.

Toujours à Katlehong, l'AFP a rencontré Meshack Twala, occupé à creuser une tranchée pour accéder à la canalisation bouchée d'une maison cernée par les eaux usées. "Comment pouvons-nous aller voter alors que toute notre rue connaît des problèmes d'égouts persistants?", demande-t-il.

Des images d'habitants en colère aux quatre coins du pays sont diffusées quasi quotidiennement sur les chaînes d'information sud-africaines, y compris dans des localités dirigées par d'autres partis que l'ANC.

Mais le premier parti du pays est celui qui a le plus à perdre dans un scrutin où, selon le politologue Sethulego Matebesi, le faible taux de participation lui est traditionnellement défavorable.

Cette élection, ajoute l'expert, donnera aussi aux partis "une idée de leur socle électoral" en vue des élections générales de 2029.

- Johannesburg la convoitée -

La bataille pour le contrôle de Johannesburg, poumon économique de plus de 4,8 millions d'habitants (selon un recensement de 2022) et vitrine de la première économie du continent, a animé une campagne par ailleurs terne.

Dans le grand township d'Alexandra, les inégalités criantes de l'Afrique du Sud sautent aux yeux: depuis leurs rues jonchées de détritus et constellées de nids-de-poule, des habitants paupérisés aperçoivent les tours de verre du quartier d'affaires de Sandton, réputé le plus riche d'Afrique.

"L'ANC nous a dirigés pendant des années mais nous n'avons vu aucun changement à Alexandra", déplore Patrick Saohatse. L'agent de maintenance de 45 ans a décidé de voter pour l'Alliance démocratique (DA), deuxième parti du pays et principal partenaire de l'ANC dans le gouvernement d'union.

Déjà à la tête du Cap, la capitale touristique du pays, la DA, formation de centre-droit, vise Johannesburg et y mène depuis plus d'un an une campagne agressive contre l'ANC, qu'elle accuse d'impéritie.

"Cinq années supplémentaires de corruption et d'infrastructures qui s'effondrent pousseront notre ville au-delà de toute possibilité de redressement", a récemment martelé la candidate DA à la mairie, Helen Zille, 75 ans.

Deux semaines avant le scrutin, l'ANC n'avait pas publiquement désigné son candidat pour la course à Johannesburg.

"Si vous regardez la situation dans Johannesburg et sa périphérie, les gens ont des raisons d'être mécontents", reconnaît le responsable des élections pour l'ANC, Mdumiseni Ntuli. "Mais nous devons leur faire comprendre que rester chez soi ne peut pas être une solution."

A.O.Scott--AT