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F-35 : l'avion furtif américain domine en Europe malgré les craintes de dépendance
Le chasseur furtif américain F-35, dont le Pentagone a annoncé jeudi la commande d'au moins 850 exemplaires supplémentaires sur dix ans auprès du groupe Lockheed Martin, s'est imposé comme un avion dominant en Europe, malgré les interrogations sur ses surcoûts et la dépendance qu'il impose envers Washington.
Lancé dans les années 1990 et développé par le numéro un mondial de l'armement Lockheed Martin pour remplacer plusieurs appareils américains, le F-35 Lightning II est utilisé ou commandé par une vingtaine de pays alliés des Etats-Unis, dont le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique, la Finlande, la Pologne et l'Allemagne.
Il se veut plus furtif que les Rafale français et Gripen suédois, avec une signature radar réduite et des capteurs intégrés permettant de croiser et de partager les données recueillies sur le champ de bataille, tandis que ses concurrents européens mettent en avant leur polyvalence et leur autonomie.
"Poutine n'a pas peur d'Eurofighter, du Rafale ou du Saab Gripen. Il a peur du F-35 car on ne le voit pas ! Il n'y a pas de discussion sur la supériorité de cet avion", avait lancé à l'été 2025 le ministre belge de la Défense Theo Francken.
- Polémiques au Danemark et au Canada -
En mai 2025, Eric Trappier, patron de Dassault Aviation qui fabrique le Rafale, avait taclé le Danemark qui continuait d'acheter des F-35 américains malgré les menaces de Donald Trump de s'emparer du Groenland.
Au Danemark aussi, les menaces de Donald Trump sur le Groenland ont ravivé les critiques contre la dépendance militaire envers Washington.
Certains responsables politiques regrettent l'achat des F-35, craignant que les Etats-Unis puissent limiter leur utilisation, mais le gouvernement défend la coopération militaire avec Washington, vieille de plus de 75 ans.
En juin 2026, la Cour des comptes danoise a estimé que le coût d'achat et d'exploitation des 27 avions F-35 du pays sur 30 ans avait été sous-évalué de 14 milliards de couronnes danoises, soit environ 1,9 milliard d'euros.
Au Canada, l'avion est au cœur de débats. En mars 2025, face aux tensions commerciales avec Washington et aux menaces de Donald Trump envers le Canada, le gouvernement de Mark Carney a lancé un réexamen de sa commande de 88 appareils F-35 pour déterminer si ce modèle restait le meilleur choix.
Ottawa envisage désormais la possibilité de panacher sa flotte avec des avions d'autres constructeurs, dont le Gripen suédois, sans avoir remis en cause son engagement initial pour les 16 premiers F-35.
- Otan, article 5, "pas F-35"-
Malgré ces critiques, les commandes continuent d'affluer.
Les Etats-Unis ont vendu plus de 623 avions F-35 à 13 alliés de l'Otan (Belgique, Danemark, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Royaume-Uni, Finlande, Canada, Allemagne, République tchèque, Grèce, Roumanie) ainsi qu'à la Suisse, au Japon, à l'Australie, à la Corée du Sud, à Israël et à Singapour, selon le Military Balance, rapport annuel de référence publié par l'International Institute for Strategic Studies (IISS).
Pour la plupart des membres de l'Otan, l'interopérabilité avec les forces américaines et les capacités de furtivité du F-35 l'emportent, malgré les menaces de Donald Trump de réduire l'engagement américain au sein de l'Alliance.
"La clause de solidarité de l'Otan s'appelle l'article 5, pas l'article F-35", avait lancé en 2019 Florence Parly, alors ministre française des Armées, critiquant implicitement la politique américaine consistant à pousser les Alliés à acheter des équipements militaires américains.
Partenaire depuis le lancement du programme, la Turquie comptait acquérir 100 de ces avions, mais a été exclue par Washington en 2019 après avoir acheté des systèmes de défense antiaérienne russes S-400.
Avion furtif dit de cinquième génération, utilisé en Irak et en Syrie contre le groupe Etat islamique, le F-35 est produit par Lockheed Martin. Ses moteurs sont fabriqués par le groupe américain Pratt and Whitney.
Il est souvent présenté comme une merveille technologique, mais sa complexité a entraîné des difficultés de mise au point, surtout pour les logiciels et l'intégration des différents systèmes.
Ses détracteurs dénoncent aussi ses coûts d'exploitation - l'heure de vol est estimée à plus de 36.000 dollars -, doutant qu'ils soient soutenables à long terme, et s'interrogent sur son adéquation à un conflit dans le Pacifique face à la Chine, où les longues distances et la vulnérabilité des bases pourraient limiter son emploi.
T.Perez--AT