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Inondations au Pakistan: les ouvriers des briqueteries impatients de voir les fourneaux rallumés
Les briqueteries qui dominent le petit village d'Aqilpur, dans la province du Pendjab (centre), sont maintenant abandonnées, leurs fourneaux éteints par les pluies torrentielles qui se sont abattues ces dernières semaines sur le Pakistan, causant les pires inondations de l'histoire du pays.
Même si l'eau qui a submergé Aqilpur et les champs environnants a depuis un peu baissé, après avoir atteint son plus haut il y a une semaine, les briqueteries restent entourées d'eau.
La plupart des ouvriers, payés à la journée des salaires de misère, ont quitté leur foyer pour se réfugier plus loin sur des terres surélevées, au sec.
"Je viens ici chaque jour à vélo et je vais d'une briqueterie à l'autre pour chercher du travail, mais je ne trouve rien", raconte à l'AFP Muhammad Ayub, un ouvrier itinérant.
Une route qui traverse le village est devenu le lieu de réunion des briquetiers, désormais privés de foyer et d'emploi.
Muhammad, 40 ans, a sa mère malade et une fille de huit ans à charge.
Quand sa maison a été détruite par les pluies abondantes qui ont précédé les inondations, il les a envoyées chez un parent vivant non loin du village.
Mais quand les inondations sont arrivées, la famille a été contrainte de se réfugier dans un camp de fortune créé à la va-vite sur une petite élévation en dehors du village.
Plus de 33 millions de personnes ont été affectées par les inondations, provoquées par des pluies de mousson diluviennes. Un tiers du Pakistan s'est retrouvé sous les eaux et au moins 1.300 personnes ont péri.
- Trois dollars par jour -
Les inondations ont détruit ou gravement endommagé près de deux millions d'habitations ou commerces. Et pour la reconstruction, dont le coût a été estimé à plus de 10 milliards de dollars par le gouvernement, les briqueteries d'Aqilpur devront à nouveau tourner à plein.
Des milliers de petites usines de fabrication de briques et de briqueteries artisanales sont éparpillées un peu partout dans le Sud du Pakistan. Elles sont chargées de fournir ce matériau de construction indispensable à ce pays de 220 millions d'habitants.
Mais pour le moment, les monceaux de briques qui devraient prendre la direction des sites de construction dans tout le pays continuent à reposer à moitié inondés.
Muhammad travaillait 12 heures par nuit pour fabriquer les briques, gagnant moins de 600 roupies (3 dollars) par jour pour son labeur.
Ensuite dans la matinée, il allait travailler dans les champs alentour et n'avait le temps de dormir brièvement que dans l'après-midi, avant de retourner aux briqueteries.
Depuis que celles-ci sont fermées et que les champs sont inondés, il a perdu toutes ses sources de revenus.
"Où aller quand on est un travailleur manuel?", demande-t-il à l'AFP. "Partout où les ouvriers vont chercher du travail, ils reviennent les mains vides."
Les travailleurs journaliers figurent parmi les membres les plus pauvres de la société pakistanaise. Dans les zones rurales, beaucoup sont exploités par de grands propriétaires fonciers et par les patrons des briqueteries, qui les maintiennent presque en état de servitude.
- Travail des enfants -
Le secteur de la fabrication des briques est notamment connu pour recourir au travail des enfants, pourtant interdit par la législation pakistanaise.
L'un des plus jeunes parmi la cinquantaine de briquetiers campant près d'Aqilpur est Muhammad Ismail. Il a commencé à travailler avec son père dans une briqueterie il y a presque un an, après son 12e anniversaire.
Il aidait à mouler les briques de terre avant qu'elles ne soient cuites dans les fourneaux, espérant que son travail aiderait ses parents à nourrir ses six frères et soeurs, plus jeunes que lui.
Après avoir eux aussi dû fuir leur maison à cause des inondations, son père et lui ont dû emprunter de l'argent pour acheter de la farine et d'autres produits de base pour la famille.
"Mais maintenant, nous sommes endettés", constate Muhammad. "Je cherche du travail avec mon père tous les jours. Nous devons rembourser notre dette, mais je perds espoir."
Il n'est pas rare dans certains endroits du Pakistan, quand on est incapable de rembourser une dette, de se retrouver asservi pendant des années, les intérêts sur la somme originale ne cessant d'augmenter.
Parfois, le remboursement de cette dette est légué d'une génération à l'autre.
Des ouvriers d'Aqilpur ont réclamé à un propriétaire de briqueterie de relancer les fourneaux pour qu'ils puissent recommencer à travailler. Mais Muhammad Ayub pense qu'ils demandent l'impossible.
"L'eau accumulée ici ne va pas s'assécher pendant au moins trois mois", dit-il. "Et une fois qu'il n'y aura plus d'eau, cela prendra encore deux mois ou deux mois et demi pour les réparations."
W.Moreno--AT