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Dans les rues de Paris, motos et scooters payent désormais leur stationnement
Après avoir tant espéré que la ville de Paris fasse machine arrière, les utilisateurs des deux-roues motorisés sont tenus, depuis ce jeudi matin, de payer leur stationnement dans la capitale, où la mesure est difficile à digérer pour la communauté des motards.
Et dès jeudi, deux sociétés ont été diligentées pour traquer les contrevenants.
"Il faut sortir de cette exemption dont ont bénéficié finalement les scooters et les motos. C’est un mesure difficile, qui demande un effort significatif mais qui est essentielle pour la suite et la lutte contre les pollutions", rappelle à l'AFP David Belliard, adjoint (EELV) aux mobilités et à la transformation de l'espace public à la ville de Paris.
Pollution de l'air, nuisances sonores mais aussi "meilleur équilibrage de l’espace public" ou encore migration vers "des mobilités moins polluantes et plus douces", sont autant d'arguments avancés pour la mise en application d'une mesure faisant débat depuis plusieurs années.
Depuis jeudi, pour garer son deux-roues motorisé (2RM) dans les rues de Paris, il faut s'acquitter d'un paiement s'il s'agit d'un véhicule thermique. Dans le centre de la capitale, le stationnement coûte 3 euros de l'heure contre 2 euros dans les arrondissements extérieurs.
Il est possible de bénéficier d'un tarif résidentiel: la carte annuelle vaut 22,50 euros par an, auxquels s'ajoutent 0,75 euro par jour de stationnement. Un pass professionnel est aussi proposé et la gratuité est appliquée pour les 2RM électrique et pour les 2RM handicap. Mais pour tous, il est obligatoire de s'enregistrer sur un site en ligne, ouvert fin juin. Mardi, quelque 10.250 demandes avaient été accordées, selon la mairie.
Christophe (qui ne souhaite pas donner son nom) a profité des dernières heures de gratuité. Mécontent mais résigné, ce banlieusard qui vit à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) a pour habitude de venir avec son deux-roues sur son lieu de travail, dans le centre de Paris. A partir de maintenant, "ce sera un maximum de télétravail pour ne plus venir à Paris", dit-il à l'AFP.
"Cette mesure a un coût prohibitif. La journée c’est au minimum 40 euros quand on est non résident. C’est pas viable", regrette cet ingénieur en informatique, qui a bien pensé à investir dans un 2RM électrique avant de se raviser: "C’est extrêmement coûteux. C’est quasiment le double d’un thermique".
- "Vraiment discriminante" -
D'autres ont déjà opté pour le deux-roues motorisé électrique - le gérant d'un petit magasin de 2RM électrique dans le IIIe arrondissement de Paris a indiqué à l'AFP avoir vendu une soixantaine d'exemplaires sur la seule semaine dernière.
"Le problème c’est le kilométrage, l’électrique est une vraie utopie", riposte Sébastien Mazelier, employé itinérant sur Paris dans la sécurité, vivant en banlieue nord-ouest. "Vous ne pouvez pas faire plus de 120 km par jour à vide. Avec le poids de la personne, et moi je fais 100 kg, je ne peux pas dépasser les 70 km".
Pour la Fédération des motards en colère (FFCM), la mesure est "vraiment discriminante, notamment pour les plus démunis qui habitent en banlieue". "Les logements à Paris sont devenus tellement chers que les gens s’exportent de plus en plus loin. Les plus touchés sont les banlieusards. C’est un vrai problème social, ils ne peuvent pas faire 40 km à vélo", relève à l'AFP le délégué Ile-de-France de la FFMC, Jean-Marc Belotti.
La FFMC, qui a organisé 18 manifestations en un an et demi contre la mesure selon M. Belotti, a lancé une pétition qui récoltait mercredi soir quelque 41.700 signatures.
"Dans la résistance", la FFMC n'est pour l'instant "pas dans la négociation" et prévoit une manifestation samedi midi devant la mairie de Paris. Un recours devant le tribunal administratif a été déposé en septembre dernier pour annuler l'arrêté.
David Belliard dit comprendre la colère des motards et maintient son cap: "On est en train de vivre une forme de révolution de la vie. On est dans une course poursuite avec le changement climatique qui va malheureusement beaucoup plus vite que les transformations que nous sommes en train d’opérer".
"Nous allons inciter à aller (stationner) en sous-sol, on va récupérer de l’espace public, on va mieux réguler je l’espère le stationnement illicite", argumente M. Belliard.
J.Gomez--AT