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Royaume-Uni: démissions en cascade au ministère de la Défense, Starmer sous pression
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, déjà en difficulté, est encore un peu plus sous pression après des démissions en cascade jeudi au ministère de la Défense, dont celle du ministre John Healey, qui a critiqué le manque de moyens alloués aux armées sur fond de montée des menaces sécuritaires.
Dans la soirée, Downing Street a annoncé la nomination à la Défense de Dan Jarvis, un ancien officier de l'armée qui occupait jusqu'ici le poste de secrétaire d'Etat à la Sécurité au sein du ministère de l'Intérieur.
Depuis plusieurs mois et malgré les inquiétudes au sein des forces armées, le gouvernement reporte la publication de son plan d'investissement dans la défense, initialement prévue pour la fin 2025, sur fond d'arbitrages budgétaires difficiles.
Insatisfait des arbitrages finaux, John Healey, poids lourd de l'exécutif, a annoncé jeudi son départ du gouvernement. Il a été suivi dans la soirée par le secrétaire d'Etat aux Forces armées Al Carns, ainsi qu'une de ses collaboratrices au ministère, la députée Pamela Nash.
"Vous n'avez pas été en mesure, et le Trésor (ministère des Finances, ndlr) n'a pas voulu mobiliser les ressources dont la nation a besoin pour défendre le pays en cette période de menaces croissantes", a déploré John Healey dans sa lettre de démission adressée à Keir Starmer.
En réponse, le Premier ministre a assuré qu'il ferait "toujours ce qu'il faut pour assurer la sécurité" du Royaume-Uni.
Ces démissions en cascade sont un nouveau revers pour le Premier ministre travailliste, fragilisé politiquement depuis des mois et menacé par une contestation interne, à une semaine d'une élection législative partielle cruciale.
Elles le placent également dans une position délicate sur la scène internationale, à quelques jours d'un G7 avec les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine en arrière plan, et à moins d'un moins du prochain sommet de l'Otan, les 7 et 8 juillet, en présence de Donald Trump.
Le président américain a exprimé à de multiples reprises ses critiques contre l'Otan, reprochant notamment aux alliés leur refus de s'engager à ses côtés dans la guerre qu'il a lancée, avec Israël, contre l'Iran.
"Ce gouvernement travailliste met en oeuvre la plus forte hausse durable des dépenses de défense depuis la guerre froide", a encore insisté Keir Starmer après la nomination de Dan Jarvis.
Agé de 53 ans et député depuis 2011 d'une circonscription du Yorkshire du sud, dans le nord de l'Angleterre, ce dernier a servi comme officier dans un régiment de parachutistes, notamment au Kosovo, avant des missions en Sierra Leone, en Irak et en Afghanistan.
La cheffe de l'opposition conservatrice Kemi Badenoch a estimé que le mandat de Keir Starmer "est en train de s'effondrer", après le départ de John Healey.
- Inquiétudes -
Le gouvernement britannique s'est engagé à accroître ses dépenses de défense pour les porter à 2,5% du Produit intérieur brut d'ici 2027, puis à 3% après 2029, et à 3,5% du PIB d'ici 2035, conformément à l'objectif fixé par l'Otan.
La guerre en Iran a récemment révélé au grand public les limites de la Royal Navy, qui résultent d'années de manque d'investissements et de retards industriels.
Plusieurs responsables de l'armée ont fait part de leurs inquiétudes sur les tergiversations du gouvernement autour du plan d'investissement pour la défense, estimant que cela envoyait un mauvais message à l'industrie de défense et aux alliés du Royaume-Uni au sein de l'Otan.
La semaine dernière, le chef d'état major des armées Richard Knighton a prévenu que le Royaume-Uni devait "dépenser plus pour sa défense et plus vite", mettant en avant le danger russe.
Jeudi, une source gouvernementale a indiqué que l'exécutif avait déjà coupé dans le budget de l'aide internationale pour financer le budget militaire et qu'il fera de même "dans d'autres départements", alors que plusieurs pays de l'Otan font face aux mêmes contraintes pour financer leurs engagements en matière de défense.
Pour Olivia O'Sullivan, du groupe de réflexion Chatham House, l'enjeu est essentiel "au vu du rôle que le Royaume-Uni pourrait être amené à jouer dans la sécurité européenne si les États-Unis se retirent davantage, ou dans le soutien à la mise en œuvre d'un éventuel accord en Ukraine".
Y.Baker--AT