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Royaume-Uni: démission surprise du ministre de la Défense, sur fond de désaccord budgétaire
Le ministre britannique de la Défense John Healey a annoncé sa démission jeudi, dénonçant l'incapacité du Premier ministre Keir Starmer à garantir des investissements suffisants pour les armées, dans un contexte de montée des menaces sécuritaires.
"Vous n'avez pas été en mesure, et le Trésor (ministère des Finances, ndlr) n'a pas voulu mobiliser les ressources dont la nation a besoin pour défendre le pays en cette période de menaces croissantes", écrit le ministre dans sa lettre de démission adressée à Keir Starmer et publiée sur X.
La publication d'un plan d'investissement sur dix ans dans la défense, initialement prévue pour la fin 2025, a été plusieurs fois reportée, sur fond d'arbitrages budgétaires difficiles.
"Après vous avoir expliqué que je ne pourrais pas accepter un accord qui ne donnerait pas à nos forces les ressources nécessaires, je n'ai désormais plus d'autre choix que de présenter ma démission", a annoncé M. Healey.
Cette démission, à laquelle Keir Starmer n'avait pas réagi dans l'immédiat, est un nouveau revers pour le Premier ministre travailliste, fragilisé politiquement depuis des mois et menacé par une contestation interne, à une semaine d'une élection législative partielle cruciale.
M. Healey, dont le nom est parfois évoqué comme concurrent possible de Keir Starmer au sein du Parti travailliste, n'a pas précisé s'il participerait à une éventuelle course pour le remplacer à la tête du Labour et à Downing Street.
- "Séisme" politique -
Le gouvernement travailliste s'est engagé à augmenter les dépenses militaires et doit dévoiler son plan d'investissement dans la défense avant le sommet de l'Otan les 7 et 8 juillet à Ankara, qui se tiendra en présence de Donald Trump.
Le président américain a exprimé à de multiples reprises ses critiques contre l'Otan, reprochant notamment aux alliés leur refus de s'engager à ses côtés dans la guerre qu'il a lancée, avec Israël, contre l'Iran.
Le gouvernement britannique s'est engagé à porter les dépenses de défense à 2,5% du Produit intérieur brut d'ici 2027, puis à 3% après 2029, et à 3,5% du PIB d'ici 2035, conformément à l'objectif fixé par l'Otan.
Une source proche de M. Healey a indiqué à l'AFP que la version finale du plan d'investissement transmise au ministre lundi ne donnait pas de date précise pour atteindre les 3% du PIB.
La guerre en Iran a récemment révélé au grand public les limites de la Royal Navy, qui résultent d'années de manque d'investissements et de retards industriels.
Pour Ed Arnold, du cercle de réflexion britannique spécialisé dans la défense Rusi, la démission de John Healey "est un séisme" politique. Mais elle "donnera à ce sujet l'attention publique accrue qu'il mérite", estime-t-il.
- Rôle du Royaume-Uni -
Plusieurs responsables de l'armée ont fait part de leurs inquiétudes sur les tergiversations du gouvernement, estimant que cela envoyait un mauvais message à l'industrie de défense et aux alliés du Royaume-Uni au sein de l'Otan.
La semaine dernière, le chef d'état major des armées Richard Knighton avait prévenu que le Royaume-Uni devait "dépenser plus pour sa défense et plus vite", mettant en avant le danger russe.
Le plan d'investissement "fournira les capacités dont nos forces armées ont besoin", a défendu une source gouvernementale, faisant valoir que l'exécutif avait déjà coupé dans le budget de l'aide internationale pour financer le budget militaire et fera de même "dans d'autres départements".
Pour Olivia O'Sullivan, du groupe de réflexion Chatham House, cette question du budget militaire est essentielle "au vu du rôle que le Royaume-Uni pourrait être amené à jouer dans la sécurité européenne si les États-Unis se retirent davantage, ou dans le soutien à la mise en œuvre d'un éventuel accord en Ukraine".
La hausse des dépenses de défense constitue un enjeu politique et économique dans de nombreux États membres de l'Otan. Elle implique des arbitrages budgétaires délicats, dans un contexte où les gouvernements doivent également financer d'autres priorités.
"Bien sûr, ce n'est pas facile (...) mais la mission première de tout gouvernement est, en fin de compte, d'assurer la sécurité du pays et de veiller à ce que l'économie soit forte", a affirmé jeudi le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, interrogé lors d'une conférence de presse à Bruxelles.
Ch.Campbell--AT