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Le magnat des mines qui ne voulait plus être un "énorme pollueur"
Amarré à Manhattan à l'occasion d'un mini-sommet sur le climat à New York, un navire détonne. Long de 75 mètres, ce bateau jadis utilisé pour la gestion de plateformes de forage en mer incarne désormais la volonté d'un magnat australien de décarboner son empire minier.
Le Green Pioneer, comme il a été rebaptisé, est l'un des premiers bateaux au monde à fonctionner à l'ammoniac, une prouesse technologique qui lui permet de ne pas émettre de gaz à effet de serre.
À son bord, Andrew Forrest, qui est à la tête du géant minier Fortescue, assume sans détour: "Nous sommes aujourd'hui un énorme pollueur".
"Mais nous changeons vite. D'ici cinq ans, nous cesserons de brûler des combustibles fossiles", assure le milliardaire auprès de l'AFP.
Alors que le retour au pouvoir de Donald Trump s'est traduit par une marche arrière toute en matière de climat, notamment dans le monde des affaires, ce magnat de l'industrie du minerai de fer, l'une des plus polluantes au monde, assume son cap.
Son entreprise investit des milliards de dollars pour verdir ses opérations. Et le Green Pioneer est le premier navire d'une flotte de bateaux à l'ammoniac qu'il ambitionne de construire pour livrer ses marchandises.
Contrairement au fioul, la combustion complète d'ammoniac ne produit pas de carbone mais seulement de l'azote et de l'eau, une révolution dans le domaine très polluant du transport maritime.
- "Zéro réel" -
À 63 ans, Andrew Forrest est un habitué des sommets internationaux, où il côtoie des dirigeants comme la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour promouvoir sa vision climatique.
Alors que d'autres grands entrepreneurs revendiquent leur neutralité carbone grâce à l'achat de "crédits carbone" issus de projets de reforestation ou de captage de carbone, l'Australien dénonce lui une imposture.
Ces crédits sont "scientifiquement discrédités", tonne l'énergique homme d'affaires, dont la fortune dépasse les 16 milliards de dollars selon Forbes. Et d'affirmer qu'il vise lui "le zéro réel", c'est-à-dire l'arrêt pur et simple des émissions.
Y parvenir d'ici 2030 dans l'un des secteurs les plus polluants au monde relèverait de l'exploit. Mais M. Forrest y croit. Son plan repose sur le remplacement d'engins miniers tournant au diesel par d'autres électriques, la construction de vastes parcs éoliens et solaires ou encore le recours à des camions de transport électriques.
Il veut même aller plus loin en révolutionnant la manière dont le minerai de fer est transformé en fonte, l'étape la plus polluante, en remplaçant le coke (combustible riche en carbone) par de l'hydrogène "vert", produit à partir d'énergies renouvelables.
"Les engagements climatiques de Fortescue tranchent nettement avec ceux de ses concurrents", relève auprès de l'AFP Simon Nicholas, spécialiste du secteur à l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis. Même une réalisation partielle de son objectif de traitement par hydrogène serait révolutionnaire, abonde-t-il.
- "Probusiness"-
Les obstacles techniques restent toutefois considérables: l'hydrogène "vert" demeure coûteux, et il n'est pas certain que cette technique fonctionne pour des minerais de qualité inférieure.
S'ajoute à cela l'impact écologique intrinsèque à l'extraction minière.
"Détruire des portions de forêts, notamment ses sols, pour mener des opérations minières, même sans énergies fossiles, ce n'est pas du +zéro réel+", relève ainsi auprès de l'AFP Oscar Soria, du groupe de réflexion environnemental The Common Initiative.
L'engagement de M. Forrest, également philanthrope, découle d'une prise de conscience personnelle.
En 2014, un accident de randonnée le laisse temporairement en fauteuil roulant. Encouragé par ses enfants, il reprend alors ses études et décroche un doctorat en écologie marine.
"Cela m'a convaincu de consacrer toute mon énergie à combattre cette menace (du changement climatique, ndlr), qui est bien plus grave que les enjeux géostratégiques, la politique ou quoi que ce soit d'autre", confie-t-il.
Et alors que l'administration Trump accuse cette lutte de provoquer une catastrophe économique, le milliardaire défend une autre vision.
"Ne nous accusez pas d'être antibusiness. Nous sommes les plus probusiness au monde", clame-t-il, pointant la nécessité pour les industries de s'adapter.
M.King--AT