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A l'Assemblée, l'appel au "compromis" d'Elisabeth Borne face à la défiance des oppositions
La Première ministre Élisabeth Borne a appelé mercredi à "bâtir ensemble" des "compromis" pour répondre aux défis économiques ou climatiques lors de sa déclaration de politique générale au Parlement, sans convaincre les oppositions qui ont exprimé leur "défiance" et fustigé un discours creux.
"Nous mesurons tous l’ampleur de la tâche: les Français à protéger, la République à défendre, notre pays à rassembler, la planète à préserver", a énuméré Mme Borne devant l'Assemblée nationale, en ouverture d'un discours de près d'une heure trente, régulièrement interrompu par la gauche qui avait, peu auparavant, déposé une motion de censure.
Tout en défendant le bilan du premier quinquennat Macron, la Première ministre a assuré avoir entendu "le message" des électeurs qui ont privé le camp présidentiel d'une majorité absolue à l'Assemblée. "Par le résultat des urnes, ils nous demandent d'agir et d'agir autrement", a dit Mme Borne, qui poursuivait son grand oral dans la soirée au Sénat.
"Nous ne sommes peut-être pas d’accord sur toutes les solutions", a-t-elle consenti, mais "les Français nous demandent de nous parler plus, de nous parler mieux et de construire ensemble".
Face au risque de blocage à l'Assemblée où le camp macroniste ne dispose que d'une majorité relative, la Première ministre a martelé que "le désordre et l'instabilité ne sont pas des options", déplorant une vie politique faite depuis "trop longtemps (...) de blocs qui s'affrontent".
Rejetant tout statut de "femme providentielle", elle a assuré, parfois avec le sourire, ne pas être une "femme de grandes phrases et de petits mots", qui ont, selon elle, nourri "les postures" et "la crise de notre démocratie".
- Appel à réformer les retraites -
Sur le fond, la Première ministre a affirmé que le projet de loi pour le pouvoir d'achat, présenté jeudi en Conseil des ministres, comporterait des mesures "concrètes, rapides, efficaces" contre l'inflation.
Invitée du 20H de TF1, elle a chiffré ce nouveau paquet de mesures à environ 20 milliards d'euros et a notamment mentionné une "aide d'urgence à la rentrée" d'un montant de 100 euros par foyer à destination des plus modestes.
Alors que monte le débat sur les "profiteurs de crise", la Première ministre a également invité sur TF1 les entreprises "qui le peuvent financièrement" à augmenter les salaires.
Très attendue sur le climat, Mme Borne a, devant les députés, plaidé pour des "réponses radicales" tout en rejetant la voie de "la décroissance" et a aussi annoncé son intention de renationaliser à 100% EDF, affirmant que "la transition énergétique passe par le nucléaire".
Elle a également abordé le dossier explosif des retraites en soutenant que la France avait "besoin" d’une réforme qui ne "sera pas uniforme et devra prendre en compte les carrières longues et la pénibilité". "Oui, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps", a-t-elle également lâché, déclenchant une bronca à gauche.
Abordant le "combat de la sécurité", la Première ministre a apporté son soutien aux forces de l'ordre. "Honte à ceux qui attaquent systématiquement nos policiers", a-t-elle lancé, dans une allusion au leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui avait accusé la police de "tuer".
Alors que l'épidémie de Covid-19 repart à la hausse, Mme Borne a par ailleurs recommandé, sur TF1, le port du masque dans les lieux clos et bondés, comme les transports, mais a exclu pour l'heure d'imposer "une mesure nationale d'obligation".
- Fuite -
L'appel au compromis de Mme Borne n'a pas semblé convaincre les principaux chefs de file de l'opposition, qui ont pris la suite de la Première ministre à la tribune de l'Assemblée, contestant parfois sa légitimité.
Son maintien à Matignon après les législatives relève de la "provocation politique", a clamé Marine Le Pen, ovationnée par les 88 autres députés du RN. "Le président fait comme s’il ne s’était rien passé" mais "c’est le retour du politique qui lui saute au visage". Mme Le Pen a toutefois ajouté que des "voies de passage" étaient envisageables sur certains textes.
"Vous avez choisi la fuite (...) Votre stratégie désormais c'est +sauve qui peut+. Et vous êtes prêts à tout. Jamais de compromis mais toutes les compromissions", a raillé la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot à l'adresse d'Élisabeth Borne qui a renoncé à se soumettre au vote de confiance des députés.
Plus conciliant, le LR Olivier Marleix a assuré que son groupe ne se livrerait à aucune "compromission" avec l'exécutif et refuserait la "petite soupe" politicienne mais qu'il resterait ouvert à un soutien sur certains textes.
- "Enthousiasmant" -
Après ces prises de parole très critiques, Elisabeth Borne est, conformément aux usages, remontée à la tribune pour répliquer à un débat qu'elle a jugé "assez caricatural".
"Il y a des groupes qui persistent à privilégier les attaques personnelles et les invectives sur le dialogue", a-t-elle lancé, raillant l'absence de propositions de Marine Le Pen ou les mesures prônées par Mme Panot qui conduiraient, selon elle, à la "banqueroute assurée".
Elle a plus généralement reproché à la Nupes de chercher "à censurer un gouvernement qui commence son travail". Malgré cela, la Première ministre a cru déceler "des points de convergence" avec certains dans l'opposition. Chercher le compromis "ne me fait pas peur. Je trouve même cela enthousiasmant", a-t-elle déclaré.
Rare pas de côté dans une journée réglée comme du papier à musique, Mme Borne a laissé échapper une phrase qui a fait le bonheur des réseaux sociaux. Alors qu'elle rejoignait à pied l'Assemblée nationale avant son discours, elle a modérément apprécié les questions d'un journaliste de BFMTV sur son état d'esprit. "C'est vachement marrant parce qu'on passe notre temps à répondre à des questions cons", a-t-elle lâché, se pensant, à tort hors, de portée des micros.
R.Lee--AT