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La chute du gouvernement français va peser sur "la consolidation" des finances publiques, selon Moody's et S&P
La chute du gouvernement Barnier va peser sur "la consolidation" des finances publiques de la France, estiment les agences de notation Moody's et S&P, alors que la deuxième économie de la zone euro est épinglée par Bruxelles pour son déficit excessif.
Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, quelques heures après le vote de censure des députés, Moody's juge que "cet événement est négatif pour le crédit" - soit la note du pays - car "il aggrave l'impasse politique du pays, réduit la probabilité d'une consolidation des finances publiques, et contribue à une prime de risque plus grande (pour les marchés, NDLR) ainsi qu'un coût de la dette plus élevé".
"Ce vote reflète l'environnement politique fracturé du pays" et "aggrave les défis budgétaires", ajoute Moody's, une des trois agences mondiales de notation financière avec Fitch et S&P.
De son côté, dans un communiqué publié jeudi matin, S&P juge que "le rejet du gouvernement par le Parlement complique la perspective budgétaire".
Le Premier ministre Michel Barnier, qui devait remettre la démission de son gouvernement à Emmanuel Macron au lendemain de l'adoption de cette motion de censure historique à l'Assemblée nationale, a quitté jeudi matin l'Elysée après un entretien d'une heure avec le président de la République. Pour la première fois depuis 1962, un Premier ministre a été renversé par les députés après avoir engagé sa responsabilité.
L'objectif du gouvernement Barnier était de réduire le déficit public de la France à 5% du produit intérieur brut (PIB) l'an prochain, alors que la deuxième économie de la zone euro est épinglée par Bruxelles pour son déficit excessif. Pour 2024, le déficit public, initialement prévu à 4,4% du PIB, devrait finalement atteindre 6,1%, du fait notamment de recettes bien moindres qu'anticipé.
"Actuellement, nous nous attendons à ce que le déficit annuel du pays atteigne 6,3% du PIB en 2024, 5,3% en 2025 et 4,7% en 2026, bien au-dessus des plafonds de l'Union européenne", estime Moody's.
L'agence dit craindre un mélange "négatif" entre "des déficits plus élevés, un poids de la dette alourdi et des coûts de financements plus hauts, avec des besoins annuels d'emprunts significatifs".
Moody's et Fitch avaient lancé en octobre un avertissement à la France en abaissant sa perspective à négative. Le 30 novembre, S&P avait maintenu inchangées la note "AA-" du pays ainsi que sa perspective stable.
Le projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS) a été rejeté mercredi en même temps que le gouvernement censuré. Et la censure gèle aussi les textes actuellement débattus en séance au Parlement, dont le projet de budget de l'Etat (PLF) pour 2025.
"La défaite du gouvernement sur le budget complique la prise de décisions politiques. Un nouveau Premier ministre a des chances de faire face aux mêmes difficultés que Michel Barnier a rencontrées", résume Moody's.
S&P estime que "la possibilité qu'un projet de budget amendé pour 2025 soit validé avant la fin de 2024 est faible" et qu'"à ce stade, le scénario le plus probable est que les autorités" aient recours "à une loi spéciale".
Au vu des différents scénarios, S&P dit ainsi "s'attendre à beaucoup moins de consolidation budgétaire que prévu par les mesures" du budget, notamment de "nouvelles taxes", "proposées par l'ancien gouvernement".
L'agence souligne cependant les "forces" de la France, comme "la diversité de son économie", "les liquidités dans son secteur financier", "les amples réserves de son secteur privé" ou encore "son appartenance à la fois à l'Union européenne et à la zone euro".
O.Gutierrez--AT