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Entre intempéries et surplus, le vin bio résiste
Des vignobles continuent à se convertir, mais le rythme a nettement ralenti: le vin bio est en France à "un moment charnière" et doit convaincre plus de consommateurs encore, estime la filière, dans un contexte de crise économique et climatique.
L'an dernier les surfaces en viticulture biologique ont crû de 1,6%, quand celles de l'agriculture bio en général reculaient pour la première fois dans l'Hexagone, selon l'Agence bio. En 2024, à fin septembre, 340 viticulteurs bio avaient arrêté, mais 390 nouveaux étaient arrivés, a indiqué l'organisme national à l'AFP.
Après 20 ans de croissance, ce mode de culture qui exclut pesticides et engrais de synthèse, représente désormais près de 22% du vignoble national, contre 6% en 2010. Aujourd'hui la France compte la première surface viticole bio d'Europe.
Mais sur fond de déconsommation du vin, de réalités géopolitiques et économiques "peu encourageantes", le secteur traverse lui aussi "des incertitudes", ont admis mercredi les organisateurs de Millésime Bio, le grand salon professionnel prévu fin janvier à Montpellier.
Après le boom de la conversion des années 2018-2020 et ses +20% par an, il doit aujourd'hui gérer un trop-plein de production.
"Il y a plus d'offre que de demande. Le consommateur n'a pas été aussi vite que les vignerons", résume Nicolas Richarme, vigneron gardois et président de SudVinBio, association interprofessionnelle qui organise le salon.
Le secteur, qui pèse 1,5 milliard d'euros dont plus du tiers à l'export, reste porté par la vente en direct (cavistes, marchés etc), et dépend moins de la grande distribution. Mais sur fond d'inflation générale, il souffre aussi.
- "Juste du raisin" -
"On est à un moment-charnière. Il faut continuer à marteler nos arguments (santé, préservation de l'environnement...), on a un gros travail commercial à faire, vers la grande distribution aussi", souligne M. Richarme, alors que seule une bouteille de vin sur 10 vendues en France est bio.
Et en attendant, le rythme de conversion des producteurs a ralenti.
Pour Pierre-Henri Cosyns, vigneron en Côtes de Bourg, le boom n'était pas forcément nourri par "les plus convaincus", mais plutôt par les opportunités commerciales et les cours d'alors.
Mais le référent viticulture à la Fédération de l'agriculture bio (Fnab) se veut confiant.
"Le commerce de vin bio reste légèrement plus facile" que celui du conventionnel, notamment à l'export, au Japon, USA, Canada... Sur la palette très large du prix des bouteilles, le consommateur peut trouver du vin bio à des prix abordables.
"Le bio c'est une valeur d'origine et de qualité simple à comprendre sur toute la planète, il faut capitaliser dessus", souligne M. Cosyns qui "jamais ne (reviendra) au conventionnel": des pesticides, il "en sort des nouveaux tous les ans, dont on ne connaîtra les effets que dans très longtemps, (...) Nous ce qu'on veut vignerons bio, c'est être fiers de ce qu'on met dans la bouteille, c'est-à-dire pas grand chose, c'est-à-dire du raisin".
Pourtant, en cette année de vendanges souvent catastrophiques pour cause de sécheresse au sud ou de précipitations au nord, d'autres envisagent de faire demi-tour.
Comme Julie Fèvre-Moreno qui, dans la région de Chablis, tout au nord de la Bourgogne, a vu sa récolte s'effondrer sous l'effet du mildiou attisé par les pluies. "Malgré 25 traitements, la bouillie bordelaise était lessivée par la pluie", a-t-elle décrit lors d'une dégustation à Paris.
Son confrère Thomas Ventoura s'est converti au bio à la naissance de son fils: "je ne voulais pas qu'il me fasse de reproches plus tard", explique-t-il, hésitant aujourd'hui à s'y maintenir pour ses seules cuvées prestige.
Tous deux attendent de voir si l'hiver sera suffisamment rigoureux pour, à lui seul, tuer le champignon.
Nicolas Richarme, de SunVinBio, ne veut pas croire en une déconversion massive: "on va peut-être en avoir un peu plus; c'est récurrent en années à mildiou. Mais ça ne va pas être une catastrophe".
Dans une enquête commandée par le salon Millésime Bio, 200 vignerons interrogés sur leurs motivations ont répondu "préservation de la santé humaine" à 88%.
E.Rodriguez--AT