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Ukraine: un responsable prorusse évoque une annexion de la région de Kherson, perturbations gazières
La région ukrainienne de Kherson, occupée par les Russes depuis début mars, va demander à être annexée par la Russie, a affirmé mercredi un de ses responsables prorusses, alors que les livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine semblaient pour la première fois affectées par les combats.
"Il y aura une demande (adressée au président russe) pour intégrer la région de Kherson en tant que sujet à part entière de la Fédération de Russie", a dit aux agences russes Kirill Stremooussov, chef adjoint de l'administration de la cité côtière de Kherson, seule ville ukrainienne d'importance dont les Russes aient revendiqué le contrôle total en deux mois et demi de guerre en Ukraine.
"Toute la base juridique (...) sera prête avant la fin de l'année", a-t-il dit, ajoutant que comme la communauté internationale n'avait pas reconnu le référendum de rattachement de la Crimée à la Russie de 2014, la région de Kherson n'organiserait pas de tel scrutin.
Vendredi, un haut responsable parlementaire russe, Andreï Tourtchak, avait assuré depuis Kherson que la Russie resterait "pour toujours" dans le sud de l'Ukraine.
"Il n'y aura pas de République populaire de Kherson. Si quelqu'un veut une nouvelle annexion, des sanctions plus puissantes frapperont la Russie", déclarait le 22 avril le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
- Objectif Transdniestrie? -
Ces déclarations surviennent alors que la cheffe du renseignement américain Avril Haines a averti mardi que le président russe Vladimir Poutine se préparait "à un conflit prolongé" et voulait atteindre "des objectifs au-delà du Donbass", en comptant sur un affaiblissement progressif de la détermination occidentale à l'arrêter.
Selon elle, la Russie a dans son viseur, au-delà du sud, la Transdniestrie, région séparatiste de Moldavie dont la pointe sud n'est qu'à une soixantaine de kilomètres d'Odessa.
Selon le commandement ukrainien pour le sud, les troupes russes sont en train de frapper "sans merci" la région de Mykolaïv, ultime verrou avant la métropole d'Odessa. "Des maisons privées, des installations agricoles ont été endommagées et l'alimentation en électricité de l'une des localités a été interrompue", a-t-il affirmé dans la nuit de mardi à mercredi.
Fin avril et début mai, des explosions ont secoué la Transdniestrie, alimentant les craintes d'une extension du conflit. L'Union européenne avait annoncé le 4 mai qu'elle allait "considérablement accroître" son aide militaire à la Moldavie.
- Baisse des livraisons gazières -
Les livraisons de gaz russe à l'Europe via l'Ukraine étaient par ailleurs en baisse mercredi, pour la première fois depuis le début du conflit.
L'opérateur ukrainien des gazoducs OGTSOU a accusé les forces russes d'"ingérence" dans ses installations de la région de Lougansk et d'empêcher de maintenir le flot habituel de gaz.
Il a affirmé mercredi que le géant russe Gazprom avait coupé le robinet vers une des branches ukrainiennes du gazoduc, et demandé le transfert vers un autre point de passage.
Gazprom a affirmé qu'il était impossible de dérouter les livraisons, alors que les volumes transitant par un autre point de passage - situé à Soudja, dans la région frontalière russe de Koursk - ont déjà augmenté. Mais pas suffisamment pour compenser la baisse - de 18% mercredi, selon les Ukrainiens - des volumes transitant par les points de Lougansk.
"Nous suivons de près la situation", a réagi mercredi le ministère allemand de l'Economie, dont le pays est l'un des principaux clients européens du gaz russe. "La sécurité énergétique de l'Allemagne est actuellement garantie", a-t-il cependant ajouté.
Jusqu'à présent, tant Moscou que Kiev maintenaient le flux de gaz, même si l'Union européenne s'efforce de se préparer à une rupture de ses approvisionnements depuis que Vladimir Poutine a ordonné le paiement des livraisons en roubles - une modification contractuelle qu'elle juge inacceptable.
Ces perturbations gazières surviennent alors que la Russie poursuit son offensive dans le Donbass, gagnant lentement du terrain.
Les villes jumelles de Severodonetsk et Lyssytchansk, assiégées, semblent notamment pouvoir tomber à tout moment, a constaté l'AFP. L'armée ukrainienne semble avoir de plus en plus de mal à tenir la ligne de front, avec des offensives russes qui "arrivent par vagues", selon un soldat interrogé sur place, nécessitant des opérations périlleuses d'évacuation des blessés.
Kiev se félicite en revanche d'avoir fait reculer les Russes qui tiraient depuis des semaines sur les quartiers nord-est de Kharkiv, deuxième ville du pays, et d'avoir repris quelques petites localités de cette région proche de la frontière russe.
"Les occupants sont progressivement repoussés de Kharkiv", a affirmé le président Volodymyr Zelensky dans une vidéo mardi soir, félicitant les combattants ukrainiens qui "font preuve d'une force surhumaine pour chasser l'armée d'envahisseurs".
A Marioupol, si les centaines de combattants ukrainiens qui s'y sont retranchés tiennent toujours l'aciérie Azovstal, ils sont aussi constamment bombardés, selon Kiev.
- Vote sur l'aide militaire américaine -
Mardi soir, la Chambre américaine des représentants a adopté une enveloppe d'aide à Kiev de près de 40 milliards de dollars, comprenant un volet économique et humanitaire, mais aussi des armes et des munitions.
Il doit désormais être voté au Sénat, en fin de semaine ou en début de semaine prochaine, avant d'être promulgué par le président américain.
L'Union européenne continue elle d'essayer de convaincre ses 27 Etats-membres d'adopter un projet d'embargo sur le pétrole russe, actuellement bloqué par Budapest. Un accord est possible "dans la semaine", a assuré mardi le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune.
Ce projet relève d'un sixième paquet de sanctions contre la Russie en gestation à Bruxelles. Témoin des effets des sanctions occidentales inédites sur l'économie russe, les ventes de voitures neuves ont continué de s'écrouler en Russie en avril, fondant de 78,5% sur un an.
- Retour à Kiev -
Mais l'économie ukrainienne souffre plus encore. Quelque 30% des emplois y ont été perdus depuis le début de la guerre, a indiqué mercredi l'Organisation internationale du Travail. Le FMI avait pronostiqué mi-avril une chute du PIB ukrainien de 35% en 2022, contre -8,5% pour le PIB russe.
Kiev semble revenir néanmoins peu à peu à la normale: près des deux tiers des 3,5 millions d'habitants de la capitale, qui s'était vidée de la majorité de ses habitants au début du conflit, sont désormais revenus, selon son maire Vitali Klitschko.
Les restaurants ont rouvert leurs portes et les cafés-terrasses attirent à nouveau les clients, où beaucoup semblent ignorer les sirènes anti-aériennes qui résonnent encore régulièrement.
burx-cat/uh/lpt
T.Wright--AT