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Pour Macron réélu, le défi commence sans état de grâce
Il n'y aura pas d'état de grâce pour le président réélu: Emmanuel Macron a entamé lundi un second quinquennat, restant invisible mais conscient qu'il aura fort à faire face à une France fracturée et des opposants déjà sur le pied de guerre à sept semaines des législatives.
Au lendemain d'une célébration de la victoire sobre et courte, le président ne s'est pas montré de la journée. Selon son entourage, il devait prendre un peu de recul, consulter et recevoir des appels internationaux dont celui du président américain Joe Biden.
"J'ai tenté de le joindre hier soir. J'ai eu son équipe, il passait un bon moment à la Tour Eiffel. Et je vais discuter avec lui aujourd'hui", a déclaré Joe Biden, qui l'avait déjà félicité dimanche dans un tweet.
L'équation n'est pas simple pour Emmanuel Macron qui a réalisé une performance historique mais s'est dit, dès dimanche soir, "conscient que ce vote (l')oblige pour les années à venir", s'adressant à ceux ayant voté pour lui "non pour soutenir (ses) idées" mais "pour faire barrage à celles de l'extrême droite".
Les résultats de dimanche montrent qu'"Emmanuel Macron est un colosse aux pieds d'argile", dit à l'AFP l'expert Pascal Perrineau pour qui "les cinq ans à venir ne seront pas un chemin pavé de roses".
"Sur le fond, on veut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort sur un certain nombre d'enjeux", pouvoir d'achat et climat en tête, a expliqué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur BFMTV et RMC.
Mais il faut "inventer une méthode nouvelle", associant les Français "beaucoup plus largement et beaucoup plus directement", a-t-il reconnu, confirmant la promesse d'Emmanuel Macron, dimanche, d'une "méthode refondée" pour être "le président de tous".
Avec 58,55% des voix face à la candidate du Rassemblement national Marine Le Pen, Emmanuel Macron a signé dimanche un succès en étant le premier président sortant à être réélu hors cohabitation depuis l'instauration du vote au suffrage universel direct en 1962. Il a toutefois perdu deux millions de voix entre les seconds tours de 2017 et 2022 (18,7 millions dimanche, contre 20,7 millions il y a cinq ans, selon le ministère de l'Intérieur).
De son côté, le RN, qui a gagné près de huit points en cinq ans, enregistre également un score historique (41,45%). L'abstention (28%) a elle atteint un record depuis la présidentielle de 1969 (31%).
Il faut "répondre au message de colère, d'inquiétude, de millions de Français qui disent +je ne m'en sors pas+", a affirmé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire sur franceinfo, confirmant que le bouclier sur les tarifs du gaz serait "maintenu jusqu'à la fin de l'année 2022", et que le gouvernement travaillait pour "l'été" à un dispositif d'aide ciblant les gros rouleurs.
Mais signe du climat de tensions, le ministre a suscité les réactions indignées dans l'opposition, de LR à LFI, en disant ne pas pouvoir exclure un éventuel recours au 49-3 sur le dossier explosif des retraites.
- "Apaiser" -
Après un quinquennat marqué par la crise sanitaire du Covid et celle des "gilets jaunes", l'enjeu est grand.
La carte des résultats du scrutin de dimanche dessine deux France: d'un côté les grandes métropoles, les classes moyennes supérieures et les retraités ayant voté Macron; de l'autre une France plus populaire, se sentant souvent exclue, particulièrement dans le nord-est et le pourtour méditerranéen, ayant voté Le Pen.
"Emmanuel Macron est conscient de devoir apaiser", a insisté sur RTL Elisabeth Borne, dont le nom circule pour remplacer Jean Castex à Matignon.
Selon des proches, il fera un "grand ménage", car "beaucoup (de ministres, ndlr) sont épuisés et il a besoin de sang frais". Un ministre assure que "la logique serait un gouvernement au complet en fin de semaine prochaine".
Jean Castex avait annoncé mi-avril qu'il démissionnerait, ainsi que son gouvernement, "dans les jours qui suivent" l'élection. Mais son bail à Matignon pourrait être prolongé, Emmanuel Macron privilégiant une "semaine de transition".
- Le PS dans la danse -
En guise d'état de grâce, c'est le combat des législatives des 12 et 19 juin qui attend désormais le président fraîchement réélu et la majorité.
Marine Le Pen, qui va prendre une semaine de congés après une réunion à huis clos lundi du bureau national de son parti, ne devrait pas redevenir présidente du Rassemblement national selon son porte-parole Sébastien Chenu.
Mais elle entend mener "la bataille" des législatives pour obtenir davantage que les six députés RN actuels, voyant dans son score inédit "une éclatante victoire" et la manifestation du "souhait" des Français d'"un contre-pouvoir fort à Emmanuel Macron".
Acceptera-t-elle les multiples appels du pieds d'Eric Zemmour et de son parti Reconquête! qui a fait 7% au premier tour? Pour l'heure Sébastien Chenu a opposé une fin de non-recevoir, disant que "ce n'est pas de la tambouille politique qu'attendent les Français".
A gauche, les négociations pour l'union en vue des législatives, après des débuts prometteurs, patinent entre La France insoumise, EELV et le PCF. Le PS a finalement réussi à entrer dans la danse via une rencontre avec les Insoumis programmée mercredi.
R.Lee--AT