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Corée du Sud: le président déchu appelle à manifester, un an après la loi martiale
Le président sud-coréen déchu Yoon Suk Yeol a lancé mercredi depuis sa prison un appel à manifester à ses partisans et défendu sa décision il y a un an d'imposer la loi martiale, qui avait plongé le pays dans le chaos.
Depuis cette éphémère proclamation, le pays reste polarisé et confronté à un ralentissement économique, à la menace persistante de la Corée du Nord et au vieillissement de sa population.
Plusieurs milliers de personnes, hostiles à Yoon Suk Yeol, se sont rassemblées mercredi devant l'Assemblée nationale, où les parlementaires avaient bravé l'armée et rejeté la loi martiale quelques heures après son annonce.
Parallèlement, une marche a rassemblé plusieurs centaines de partisans de Yoon. Ces derniers portaient des pancartes exigeant sa libération et la destitution du président Lee.
"Le moment est venu de se lever à nouveau pour défendre la liberté, l'Etat de droit et la souveraineté nationale de la République de Corée", a déclaré Yoon Suk Yeol depuis la prison où il est incarcéré dans l'attente de son procès pour insurrection. "Ce pays vous appartient, à vous, le peuple", a-t-il ajouté, dans un communiqué envoyé par ses avocats.
L'ancien président a également affirmé que sa décision de proclamer la loi martiale était justifiée par la lutte contre "les activités traitresses pro-Chine et pro-Corée du Nord".
De son côté, le président de centre-gauche Lee Jae Myung, qui a succédé à M. Yoon après sa destitution en avril, a estimé que les Sud-Coréens avaient surmonté "une crise sans précédent" pour la démocratie, un an jour pour jour après la proclamation éphémère de la loi martiale, le 3 décembre 2024, première tentative en plus de 40 ans.
S'adressant à la presse étrangère, il a vanté les avantages de la "K-democracy", ou démocratie coréenne, parvenue à destituer M. Yoon. Il a toutefois admis que le pays restait profondément polarisé.
La participation prévue de M. Lee au rassemblement devant l'Assemblée nationale a été annulée en raison de "risques sécuritaires", selon son cabinet.
Le 3 décembre 2024, dans une allocution surprise à la télévision, Yoon Suk Yeol avait sidéré les Sud-Coréens en proclamant la loi martiale, dépeignant un pays paralysé par l'opposition de gauche et infiltré par des forces communistes pro-nord-coréennes.
Yoon avait envoyé l'armée s'emparer de l'Assemblée nationale, mais un nombre suffisant de députés avaient réussi à se faufiler dans l'hémicycle et à voter à l'unanimité l'abrogation de l'état d'exception, tandis que des milliers de manifestants se massaient spontanément devant le bâtiment pour crier leur indignation.
- "Emprise" -
Les membres du Parti du pouvoir au peuple (PPP) , dont était issu l'ex-président, demeurent divisés sur l'attitude à adopter un an après cette débâcle.
Le chef du groupe parlementaire du PPP a déjà présenté ses excuses mercredi pour n'avoir pas empêché la proclamation de la loi martiale.
Song Eon-seog a estimé que les députés devraient "ressentir un lourd sentiment de responsabilité pour n'avoir pas empêché la proclamation de la loi martiale qui a causé tant de souffrances à la population".
Mais le chef du parti, Jang Dong-hyuk, a maintenu que la formation conservatrice ne devait pas montrer de remords, écrivant sur les réseaux sociaux que la loi martiale avait servi à "contrer un acte de tyrannie parlementaire".
Une grande partie de la droite continue de "partager la position politique et les intérêts de Yoon Suk Yeol", explique l'analyste Park Sang-byung à l'AFP. "Cela leur permet de conserver leur emprise sur le parti et de préserver leurs intérêts politiques futurs", ajoute-t-il.
Les déboires judiciaires de M. Yoon, visé par une multitude de procédures pénales, ont également contribué à renforcer son image de martyr auprès de l'extrême droite.
Son épouse est également incarcérée, poursuivie pour corruption, manipulation du marché boursier et pour avoir reçu des cadeaux d'une valeur supérieure à 50.000 dollars. C'est la première fois dans la tumultueuse histoire politique de la Corée du Sud qu'un ancien président et une ancienne première dame se retrouvent tous les deux en prison.
E.Flores--AT