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"Une bataille après l'autre" démarre fort aux Oscars, "Sinners" réplique
"Une bataille après l'autre", thriller loufoque sur les dérives extrémistes des Etats-Unis, a démarré fort sa soirée aux Oscars dimanche, avec des premiers trophées lui donnant un léger avantage sur son grand concurrent "Sinners".
La plongée démoniaque de Ryan Coogler dans le blues des Afro-Américains partait avec un record historique de 16 nominations, mais le film de Paul Thomas Anderson mène la danse avec trois statuettes: meilleure directrice de casting, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle masculin pour Sean Penn.
Portrait d'une Amérique irréconciliable, déchirée entre l'héritage politique du "Black Power" et du Ku Klux Klan, où tout se résout par les armes, "Une bataille après l'autre" partait favori après avoir remporté la majorité des prix précurseurs cette saison.
"J'ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde, mais aussi pour les encourager à devenir la génération qui, je l'espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence", a réagi Paul Thomas Anderson, en acceptant l'Oscar décerné au script, inspiré du roman "Vineland" de Thomas Pynchon.
Fidèle à sa réputation de rebelle d'Hollywood, Sean Penn n'était pas présent pour accepter son troisième Oscar. L'acteur de 65 ans joue le grand méchant du film, un militaire suprémaciste blanc ultra-rigide qui ne recule devant rien pour traquer l'ex-révolutionnaire d'extrême gauche maladroit incarné par Leonardo DiCaprio et sa fille métisse (Chase Infiniti).
- Trophées techniques pour "Frankenstein" -
"Sinners" n'a toutefois pas dit son dernier mot. Sa bande originale teintée de blues a été récompensée par un Oscar, après avoir envoûté la scène lors d'un numéro musical, et le film a aussi reçu l'Oscar du meilleur scénario original.
"Un honneur incroyable" a remercié Ryan Coogler, qui a impressionné Hollywood avec une intrigue audacieuse mêlant la mélancolie du blues et le folklore de vampires suceurs de culture, pour raconter la blessure profonde des personnes noires dans l'Amérique ségrégationniste.
Le cinéaste pourrait devenir le premier Afro-Américain à remporter l'Oscar du meilleur réalisateur, grâce à cette oeuvre hybride, entre thriller historique, film d'horreur et comédie musicale. A moins que Paul Thomas Anderson, maintes fois nommé ("There Will Be Blood", "Magnolia", "Licorice Pizza", entre autres), ne remporte leur duel.
Le début de soirée a également été marqué par le sacre technique de "Frankenstein": le long-métrage du Mexicain Guillermo del Toro a raflé trois statuettes pour ses costumes, son maquillage, et sa conception visuelle.
La 98e cérémonie a démarré fort, grâce à l'humour de Conan O'Brien.
Face à une sécurité lourdement renforcée cette année, en pleine guerre américaine au Moyen-Orient, le présentateur a invoqué des "craintes quant à d'éventuelles attaques émanant à la fois du monde de l'opéra et de celui du ballet".
Une référence aux récents propos polémiques de Timothée Chalamet, sur ces arts attirant moins les foules que le cinéma.
L'humoriste s'est également fendu d'un petit clin d'oeil à l'affaire Epstein, boulet politique de Donald Trump aux Etats-Unis.
La cérémonie a également débuté par un Oscar du meilleur second rôle féminin pour Amy Madigan, terrifiante sorcière du film d'horreur "Evanouis".
- Suspense chez les acteurs -
L'Oscar de la meilleure actrice semble lui promis à Jessie Buckley, magistrale dans "Hamnet", où elle incarne l'épouse de William Shakespeare, bouleversée par la mort de son fils.
Mais le suspense reste entier chez les hommes.
Timothée Chalamet semblait destiné au prix du meilleur acteur, grâce à son incarnation d'un joueur de ping-pong à l'ambition démesurée dans "Marty Supreme".
Mais le Franco-Américain est en chute libre ces dernières semaines: la star de "Sinners" Michael B. Jordan, lui a notamment ravi l'Actor Award avec son double rôle de jumeaux mafieux se rebellant contre l'Amérique ségrégationniste.
La concurrence est également rude dans la catégorie meilleur film international.
Les deux favoris sont "Valeur Sentimentale", récit du Dano-Norvégien Joachim Trier sur l'amour imparfait entre un père réalisateur et ses filles, et "L'Agent Secret", du Brésilien Kleber Mendonça Filho, chronique de l'atmosphère poisseuse sous la dictature auriverde des années 70.
Ils semblent mieux positionnés que la Palme d'or cannoise, "Un simple accident", du dissident iranien Jafar Panahi, choisi pour représenter la France aux Oscars.
Quant aux dessins animés français "Arco" et "Amélie et la métaphysique des tubes", ils n'ont rien pu faire face au phénomène Netflix "KPop Demon Hunters", récompensé par l'Oscar du meilleur film d'animation.
Chez les courts-métrages d'animation, la production française "Deux personnes échangeant de la salive" a remporté la statuette, partagée ex-aequo avec "The Singers" - une rareté dans l'histoire des Oscars.
Ch.Campbell--AT