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Sylvie Vartan en Bulgarie: "Je n’aime pas les départs"
"Dans quelle langue dois-je parler?", demande une Sylvie Vartan visiblement très émue au public bulgare venu assister à la projection d'un documentaire consacré à l'enfant du pays, qui a fui toute jeune la dictature communiste pour la France.
La salle de cinéma du Palais national de la culture de Sofia est pleine à craquer et, pendant cinquante minutes, l'icône yéyé et ses fans ne retiennent pas leurs larmes à l'évocation de la fuite dramatique en 1952 de la petite Sylvie - alors âgée de 8 ans - et de sa famille hors de la Bulgarie stalinienne, de ses succès, puis de son retour en Bulgarie en 1990, et de l'adoption de sa fille Darina en 1997.
Dans les années 1960, de l'autre côté du rideau de fer, elle devenait une star sans que les Bulgares puissent l'écouter. Aujourd'hui encore, Sylvie Vartan - qui a fait ses adieux à la chanson avec trois concerts à Paris en début d'année - demeure pour ses compatriotes plus qu'une vedette: un symbole fédérateur de réussite et de liberté.
Son père, d'origine arménienne, est attaché de presse à l'ambassade de France; sa mère, d'origine hongroise, s'occupe de Sylvie et de son frère Eddie, avant que la famille ait la chance - rare - de gagner l'Ouest.
La chanteuse a souvent raconté le souvenir de son grand-père courant derrière le train qui s'éloignait, agitant un mouchoir.
"Depuis, je n'aime pas les départs. Où que je sois, je n'aime pas partir", confie-t-elle au public.
- "Un trésor national" -
"Nous lui devons énormément. C'est un trésor national", déclare, les larmes aux yeux à l'issue de la projection, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, 88 ans, dernier roi des Bulgares contraint à l'exil par les autorités communistes après la Seconde Guerre mondiale.
"A la différence d'autres Bulgares qui ont réussi à l'étranger, elle n'a jamais oublié qu'elle était bulgare", dit à l'AFP l'ex-roi devenu Premier ministre de 2001 à 2005.
Pour le producteur du documentaire, Georgi Toshev, "le film montre que, malgré la rupture brutale avec sa patrie à un très jeune âge, la Bulgarie demeure le fil ténu qui relie tout ce qui arrive à Sylvie".
Celle-ci confirme: "J'ai gardé dans mon cœur des souvenirs très précis, très contrastés de la Bulgarie et de ma petite enfance."
"D'un côté, l'amour, la chaleur, le partage, la tranquillité - un monde apaisé et merveilleux auprès de mes parents et de mes grands-parents, nous vivions tous ensemble; de l'autre, l'angoisse, un régime de terreur, une vie pratiquement invivable", dit celle qui, dès 1968, laissait transparaître sa nostalgie pour sa patrie natale dans la chanson "La Maritza".
Lorsque après la chute du mur de Berlin elle revient à Sofia, le pays est libre mais exsangue.
"Il n'y avait pas de nourriture dans les magasins, pas d'essence dans les stations", se souvient son amie d'enfance, Fanny Teoharova.
Les deux femmes n'ont pu se retrouver qu'à la fin des années 1980. "Impossible de s'écrire avant: la milice secrète était partout", raconte-t-elle à l'AFP.
"J’ai vu une population appauvrie; l'aéroport était absolument vide, il n’y avait rien, et des files d'attente immenses", se remémore Sylvie Vartan.
La détresse du pays la pousse à créer une association pour équiper les maternités.
En 2004, elle est décorée de la plus haute distinction de l'Etat bulgare pour son action caritative.
Aujourd'hui, le pays a changé, se réjouit-elle, convaincue que "la jeunesse est là pour apporter ce souffle et continuer dans la bonne direction".
La Bulgarie, ce sont aussi les saveurs transmises par sa mère, et qui constituent un lien fort avec ses enfants.
Elle cite ses plats favoris: la banitsa (feuilleté à la feta), la moussaka, les poivrons farcis, le kyopolou - une purée d'aubergines et de poivrons.
"J'ai toujours un faible pour la Bulgarie", dit-elle. "Et j'y retourne toujours, d'une manière ou d'une autre: je peux cuisiner et, tout à coup, la Bulgarie surgit."
O.Brown--AT