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80e anniversaire de la libération d'Auschwitz: les survivants dénoncent l'antisémitisme
Une poignée de survivants d'Auschwitz sont retournés lundi dans le camp de la mort nazi, dénonçant la "montée énorme" de l'antisémitisme, à l'occasion du 80e anniversaire de la libération de ce symbole de l'Holocauste, dans lequel six millions de Juifs européens ont péri.
Auschwitz était le plus grand des camps d'extermination construits par l'Allemagne nazie. Un million de Juifs et plus de 100.000 non-Juifs y sont morts entre 1940 et 1945.
Une cinquantaine de survivants étaient lundi devant l'entrée du camps d'Auschwitz-Birkenau, aux côtés du roi Charles III, du président français Emmanuel Macron et de dizaines d'autres dirigeants.
La parole a été réservée aux survivants, Marian Turski, Tova Friedman, Leon Weintraub et Janina Iwanska.
"Nous assistons aujourd'hui à une montée énorme de l'antisémitisme, or c'est précisément l'antisémitisme qui a conduit à l'Holocauste", a averti M. Turski, âgé de 98 ans, en ouvrant les cérémonies, devant un des wagons à bestiaux ayant servi à transporter les victimes vers Auschwitz.
Tova Friedman, 86 ans, a dénoncé une réalité où "nos valeurs judéo-chrétiennes ont été éclipsées dans le monde entier par les préjugés, la peur, la suspicion et l'extrémisme, et l'antisémitisme rampant qui se répand parmi les nations".
- Ne jamais se taire -
M. Weintraub, un médecin suédois de 99 ans, né en Pologne, a condamné la prolifération des mouvements d'inspiration nazie en Europe.
Le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, a souligné que les horreurs d'Auschwitz et l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 étaient toutes deux inspirées par "la haine ancestrale des Juifs".
"Le 27 janvier 1945, lorsque l'Armée rouge a franchi ces portes, le monde a enfin vu où mène la progression graduelle de l'antisémitisme. Il mène ici même", a-t-il insisté.
"Aujourd'hui, nous devons tous nous engager à ne jamais nous taire face à l'antisémitisme ou à toute autre forme de haine", a déclaré M. Lauder.
Certains survivants portaient des casquettes et des écharpes à rayures bleues et blanches symbolisant leurs anciens uniformes de prisonniers.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui faisait partie des dirigeants présents à la cérémonie, a déclaré dans un communiqué que le monde devait s'unir "pour empêcher le mal de gagner".
Lundi, le président russe Vladimir Poutine a rendu hommage aux soldats soviétiques qui ont vaincu un "mal terrible et total" en libérant le camp, dans un message publié par le Kremlin.
Jusqu'à l'invasion de l'Ukraine en 2022, une délégation russe avait toujours assisté aux cérémonies anniversaires, mais depuis trois ans elle n'y est plus invitée, décision des organisateurs vivement critiquée par Moscou.
Les organisateurs ont souligné qu'il pourrait s'agir du dernier grand anniversaire réunissant un groupe aussi important de survivants.
"Nous savons tous que dans dix ans, il ne sera plus possible d'avoir un groupe aussi important pour le 90e anniversaire", a déclaré Pawel Sawicki, porte-parole du musée d'Auschwitz.
"Avec la diminution du nombre de survivants de l'Holocauste, la responsabilité de la mémoire repose beaucoup plus lourdement sur nos épaules et sur celles des générations à venir", a déclaré le roi Charles III lors d'une visite au centre communautaire juif de Cracovie lundi.
- "Voudra-t-on nous croire?" -
Le camp a été créé en 1940 dans des baraquements d'Oswiecim, dans le sud de la Pologne occupée, dont le nom a été germanisé en Auschwitz par les nazis. Les 728 premiers prisonniers politiques polonais y sont arrivés le 14 juin de cette année-là.
Du 21 au 26 janvier 1945, les Allemands font sauter les chambres à gaz et les fours crématoires de Birkenau et se retirent.
Le 27 janvier, les troupes soviétiques arrivent et retrouvent 7.000 survivants.
Le jour de la libération du camp a été proclamé par les Nations unies Journée de commémoration de l'Holocauste.
Avant ce 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz-Birkenau, une quarantaine de survivants des camps nazis ont accepté de parler à l'AFP.
Dans 15 pays, d'Israël à la Pologne, de la Russie à l'Argentine, du Canada à l'Afrique du Sud, ils ont raconté leur histoire et posé pour une photo, seuls ou entourés de leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, preuve de leur victoire sur le mal absolu.
Ils ont mis en garde contre la montée de la haine et de l'antisémitisme dans le monde et partagé leurs craintes de voir l'Histoire se répéter.
Julia Wallach, une Parisienne presque centenaire, qui a survécu deux ans à Birkenau où un nazi l'a fait descendre in extremis d'un camion à destination d'une chambre à gaz continue à témoigner.
"Tant que je pourrai le faire, je le ferai", insiste-t-elle. A ses côtés, sa petite-fille Frankie se demande: "Quand elle ne sera plus là, est-ce qu'on voudra nous croire, nous, quand on en parlera?".
C'est pourquoi Esther Senot, 97 ans, s'est rendue à Birkenau le mois dernier accompagnant des lycéens français.
C'est une promesse qu'elle a faite en 1944 à sa sœur Fanny, mourante, qui, allongée sur la paille et crachant du sang, lui avait demandé dans son dernier souffle de raconter ce qui est arrivé "pour que l'Histoire ne nous oublie pas".
W.Nelson--AT