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Venezuela : la précarité des quartiers riches au révélateur des séismes
Venezuela : la précarité des quartiers riches au révélateur des séismes / Photo: Federico PARRA - AFP

Venezuela : la précarité des quartiers riches au révélateur des séismes

Gema Santeli s vit dans un appartement de 300 m2 et six chambres à Caracas, mais elle ne peut pas prendre en charge les frais de réparation des dégâts provoqués par les récents tremblements de terre.

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Le 24 juin au Venezuela, deux puissants séismes ont fait 6.500 morts et touché des centaines de bâtiments.

La catastrophe naturelle a aussi révélé la gravité d'une crise économique touchant jusqu'à celles et ceux qui avaient pu acheter des biens immobiliers de luxe à l'époque de l'abondance pétrolière quelques décennies en arrière.

A Caracas, quelque 5.500 appartements ont été endommagés dans le quartier résidentiel de Los Palos Grandes, le plus touché dans la capitale.

Même loin des ravages enregistrés à La Guaira, sur la côte à 40 km de Caracas, l'effondrement violent des murs de sa propriété a été un "malheur" pour Gema.

"Cela bouleverse nos vies non seulement d'un point de vue économique mais aussi émotionnel", raconte à l'AFP cette femme de 83 ans.

Elle a retrouvé le sourire grâce au plan de la mairie pour aider les personnes de plus de 65 ans à réparer leurs biens. Sans aide, "le travail" de reconstruction "aurait été extrêmement difficile et très long", dit-elle.

Bien qu'elle vive en théorie dans une zone de classe moyenne supérieure, aussi bien Gema que ses voisins reconnaissent qu'ils ne peuvent pas assumer le coût des travaux en raison de la spirale inflationniste.

A Los Palos Grandes, la majorité des propriétaires appartiennent au troisième âge, aux côtés de familles plus jeunes qui ont également eu du mal à réparer leurs immeubles après le tremblement de terre.

"En quatre mois, nous avons pu à peine relever les murs", raconte à l'AFP María Alejandra Escalante, une coach personnelle de 35 ans qui a quitté son appartement depuis des mois en raison des dégâts encaissés par la structure.

"C'est un défi", ajoute-t-elle. Trois banques ont rejeté sa demande de prêt, affirmant que la réparation d'appartements n'entre dans aucune catégorie de prêts.

Escalante a besoin de 10.000 à 15.000 dollars pour remettre sa propriété en état, une somme qu'elle économise au compte-gouttes, mois après mois, avec l’aide de son compagnon.

C'est dans la moyenne des 15.000 dollars nécessaires pour restaurer un appartement dans cette zone, une fortune pour la majorité des habitants dont les revenus sont dévorés par l'inflation la plus haute au monde (475% en 2025).

- "Un combat difficile" -

"Les gens pensent que parce que nous vivons à Palos Grandes, nous avons du fric, mais il n'en va pas ainsi", commente Segundo Salas, retraité de l'administration de 71 ans.

Il y a quelques années, vivre à Chacao -le quartier qui englobe Palos Grandes- était associé à l'idée "d'avoir de l'argent", "mais c'est très loin de la réalité, car il y a des personnes qui n'ont pas de quoi entretenir leur appartement", observe Escalante.

La situation précaire des habitants contraste avec une activité commerciale de plus en plus animée, signe d'une gentrification en essor depuis la pandémie et qui attire des visiteurs d'autres quartiers de Caracas.

Les nouveaux restaurants ont pignon sur rue tout comme les véhicules de luxe garés devant.

"Quand j'ai déménagé ici il y a neuf ans, nous avions les moyens. Mais par la suite, la situation économique a tellement changé qu’il m’aurait été impossible de pouvoir assumer tous les frais ici", explique Salas, qui a reçu l’aide de la mairie pour réparer sa propriété.

Gustavo Duque, le maire de Chacao (70.000 habitants), assure que "malgré tous leurs efforts, les copropriétés pas plus que les habitants n'ont les moyens d'entreprendre" des travaux de cette ampleur.

Les tremblements de terre ont encore davantage ouvert les blessures économiques du pays. "S’il existait de meilleurs niveaux de revenus et des possibilités de crédit, on pourrait régler la situation et avoir une capacité d’épargne, mais c’est un combat difficile", affirme Escalante.

Le pays qui dispose des plus grandes réserves pétrolières au monde totalise des années d'une crise qui persiste après la capture de Nicolás Maduro lors d'une incursion militaire américaine en janvier.

Sous la pression de Washington, la présidente intérimaire Delcy Rodríguez a lancé des réformes du secteur pétrolier pour attirer des investissements étrangers. Leurs effets tardent encore à se faire sentir au niveau du portefeuille du Vénézuélien moyen.

G.P.Martin--AT