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Le chessboxing, fusion "magique" entre le corps et l'esprit
"En boxe, c'est action-réaction. Aux échecs, tu es obligé de réfléchir avant d'agir. La fusion des deux, c'est énorme!", s'enthousiasme Kamel Boudjahlat, un adepte du chessboxing, sport hybride né de l'imagination du dessinateur Enki Bilal.
A 39 ans, cet éducateur de profession se prépare à monter sur le ring du Cabaret sauvage samedi soir pour enchaîner crochets et uppercuts, mais aussi pour avancer ses pions et faire sauter ses cavaliers.
"Quand j'ai découvert le chessboxing, j'ai trouvé ça magique, féérique", raconte Kamel à l'AFP.
Les racines de la discipline remontent à 1992, lorsque l'auteur de BD français Enki Bilal invente pour son album "Froid équateur", dernier opus de la Trilogie Nikopol, un sport combinant force physique et intelligence avec la boxe et les échecs.
Puis un peu plus de dix ans plus tard, le sport fictif devient bien réel grâce à l'artiste néerlandais Iepe Rubingh, fan de l'univers futuriste du dessinateur, qui organise un premier combat et échafaude les règles officielles de la discipline.
- "Des gentlemen qui ont envie d'en découdre" -
Selon le réglement, un combat de chessboxing se décline en onze rounds de trois minutes alternant entre six rounds d'échecs et cinq rounds de boxe. Le combat se gagne généralement soit par KO, soit par échec et mat.
"C'est un sport de gentlemen qui ont envie d'en découdre", résume Guillaume Salançon, président de la Fédération française de chessboxing. "Et ça casse le stéréotype du petit gros qui joue aux échecs et la brute qui se bagarre à la boxe."
Lorsqu'il a découvert la discipline sur les réseaux sociaux, Kamel Boudjahlat a immédiatement pensé qu'elle était faite pour lui. "A la base, je viens de la boxe. Enfant, ado, je me faisais un peu malmener donc je suis allé vers la boxe un peu comme un mécanisme de survie", explique-t-il. "Je jouais aussi aux échecs mais cela restait dans la sphère familiale."
Selon lui, le chessboxing, grâce au va-et-vient entre travail du corps et de l'esprit, permet de façonner des hommes et des femmes complets. "Dans notre société, il faut être aussi fort physiquement qu'intellectuellement pour faire face aux défis de la vie", dit-il. Aujourd'hui, il utilise souvent le chessboxing dans son métier d'éducateur lorsqu'il intervient dans des écoles ou des prisons.
- Réflexion, stratégie et placement -
Mais en plus d'être complémentaires, les deux disciplines se ressemblent beaucoup, estiment les pratiquants. Comme les échecs, la boxe nécessite réflexion, stratégie et placement.
"Ca m'a toujours paru logique parce que j'ai toujours comparé les échecs aux sports de combat", explique Jules-Alois Julien, 26 ans, qui se bat samedi pour le titre mondial dans la catégorie des moins de 85 kg. "Ca demande un peu les mêmes caractéristiques. Les deux sont un combat au final."
Et le plus violent des deux n'est pas forcément celui auquel on pense. "Il y a une vraie violence psychologique dans les échecs. Ca demande de la patience, de la rigueur, sinon on perd le fil. Il faut être lucide. On peut rester des heures assis sur une chaise à déplacer des bouts de bois et on peut tout perdre en une seconde."
Mais avec le chessboxing, la frustration des échecs peut être évacuée par la boxe. "On peut foutre des patates, ça fait du bien", apprécie-t-il.
Samedi, quelque 800 personnes sont attendues au Cabaret sauvage pour assister au spectacle qui sera retransmis sur la plateforme Twitch. Parmi elles, Enki Bilal, devenu le parrain de la discipline, mais aussi des grands maîtres des échecs comme Maxime Vachier-Lagrave et Jules Moussard ou le président la Fédération française d'échecs Eloi Relange.
"Les échecs ont vu en nous un potentiel de capter de nouveaux publics, ils nous soutiennent à 200%", se félicite Guillaume Salançon, qui estime à "une quinzaine" le nombre de clubs en France. "La boxe pas encore mais je pense que les choses vont se faire", espère-t-il. "La communauté s'agrandit petit à petit."
O.Ortiz--AT