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Malaisie: l'ex-première dame condamnée à 10 ans de prison pour corruption
L'épouse de l'ex-Premier ministre malaisien Najib Razak, Rosmah Mansor, a été jugée coupable de corruption jeudi et condamnée à 10 ans de prison, une semaine après l'incarcération de son mari pour son rôle dans le vaste scandale financier 1MDB.
Ces décisions signalent la fin de l'impunité pour le couple longtemps considéré comme intouchable malgré de multiples poursuites judiciaires et qui a constamment nié les accusations de corruption à son encontre.
Rosmah Mansor, 70 ans, très impopulaire dans le pays d'Asie du Sud-Est à cause de ses goûts de luxe présumés, était devenue un symbole de la corruption des élites malaisiennes.
"L'accusée est reconnue coupable de trois chefs d'accusation", a déclaré le juge de la Haute cour de Kuala Lumpur Mohamed Zaini Mazlan.
Il a condamné l'ex-première dame à 10 ans de prison et à une amende de 970 millions de ringgits (216 millions d'euros).
Rosmah Mansor était accusée d'avoir réclamé un pot-de-vin de 187,5 millions de ringgits (41,7 millions d'euros) et reçu 6,5 millions de ringgits pour aider une compagnie à décrocher un projet d'énergie solaire destiné à des écoles rurales sur la partie malaisienne de l'île de Bornéo pendant le mandat de son mari.
Elle doit répondre encore de 17 autres chefs d'accusation, dont de la fraude fiscale et du blanchiment d'argent.
Rosmah Mansor devrait cependant faire appel et ne pas aller en prison immédiatement.
Fille d'un couple d'enseignants, elle était devenue l'une des femmes les plus puissantes du pays quand son mari, épousé en secondes noces, Najib Razak, est devenu Premier ministre en 2009.
- Comparée à Imelda Marcos -
Elle a été très critiquée deux ans plus tard quand un département entier a été créé à son service dans l'administration du Premier ministre.
Son goût pour le luxe est apparu au grand jour quand des perquisitions en 2018 ont mis à jour un stock de plus de 500 sacs à main et quelque 12.000 bijoux, estimés à 270 millions de dollars.
Elle a alors été comparée à l'ancienne Première dame philippine Imelda Marcos, connue pour sa vaste collection de chaussures, et a été la cible de la colère des Malaisiens contre la corruption des élites.
La police a décrit les saisies, dans 12 lieux, effectuées pour l'enquête 1MDB, comme les plus importantes jamais réalisées en Malaisie. Mais Najib Razak a constamment affirmé que ces objets de luxe étaient des cadeaux.
Arrivée au tribunal jeudi vêtue d'un habit traditionnel malais couleur pêche et décoré de fleurs, elle a affirmé pendant l'audience être une "victime".
"Ma famille a souffert. Ayez pitié, ayez de la compassion", a-t-elle plaidé.
Mais le parquet avait demandé une peine maximum ou proche du maximum pour chaque chef d'accusation, soulignant que la corruption "était l'une des maladies les plus viles qui affectent la société".
Son mari Najib Razak, Premier ministre de Malaisie de 2009 à 2018, a été incarcéré neuf jours plus tôt après épuisé tous les recours contre sa condamnation.
Il avait en 2020 été condamné à une peine de 12 ans de prison et à une amende de 210 millions de ringgits (47 millions d'euros) dans un volet de l'affaire 1MDB, une fraude aux ramifications planétaires portant sur plusieurs milliards de dollars.
L'ex-dirigeant encore en procès pour quatre autres chefs d'accusation risque jusqu'à 20 de prison pour abus de pouvoir et 15 pour blanchiment d'argent.
Selon des analystes, l'incarcération de Najib Razak devrait faire échouer tout projet de retour en politique de l'ex-Premier ministre qui reste très influent et compte de nombreux partisans.
Le vaste scandale 1MDB impliquant plusieurs banques dont Goldman Sachs, et des enquêtes sur plusieurs continents, avait largement contribué à la défaite électorale de la coalition emmenée par cet homme politique en mai 2018.
Najib Razak et des complices étaient accusés d'avoir utilisé pour des achats fastueux, allant de l'immobilier à des oeuvres d'art en passant par un yacht, l'argent qu'on leur reproche d'avoir détourné du fonds 1MDB, initialement créé pour permettre le développement de l'économie malaisienne.
D.Johnson--AT