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Derrière l'attentat déjoué visant Bank of America, l'ombre d'un groupuscule pro-iranien
L'attentat déjoué contre le siège parisien de Bank of America pourrait être lié à un groupuscule pro-iranien, a annoncé mercredi le parquet antiterroriste, qui a saisi des juges d'instruction et requis le placement en détention de quatre suspects, dont trois adolescents.
Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert mercredi une information judiciaire pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, fabrication, détention et transport d’un engin explosif, ainsi que pour tentatives de destructions en relation avec une entreprise terroriste.
Il a requis la mise en examen et le placement en détention provisoire de trois mineurs et d'un majeur. Une cinquième personne, un majeur, a vu sa garde à vue levée sans poursuite à ce stade.
La tentative d'attentat "paraît pouvoir être rattachée" au groupuscule pro-iranien "Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya" (Hayi), "sans que cet élément ait pu être formellement établi, à ce stade de la procédure", a indiqué le Pnat dans son communiqué.
- Explosif puissant -
Les faits se sont déroulés tôt samedi matin, vers 03H30, rue La Boétie, dans le centre-ouest de Paris, devant les locaux de Bank of America.
Des policiers y ont interpellé un homme de 17 ans qui venait de déposer un engin explosif artisanal et s'apprêtait, selon l'accusation, à l'allumer avec un briquet.
Expertisé en laboratoire, "le dispositif explosif apparaissait comme composé d’un cylindre en carton d’une contenance de 650 g de matière active et d’une mèche", a indiqué le Pnat.
"Le laboratoire précisait que c'était le premier artifice de cette puissance retrouvé à sa connaissance en France à ce jour", ajoute le Pnat, dont l'explosion "aurait pu générer une forte boule de feu de plusieurs mètres de diamètre et propager un incendie".
Sollicités par l'AFP, deux avocats en défense se sont vivement indignés de cette communication. "Le Pnat communique à la presse une synthèse détaillée du dossier, avant même que la juge d'instruction et que les avocats n'en aient eu connaissance", ont fustigé Mes Raphaël Kempf et Romain Ruiz, qui défendent l'un des mineurs.
D'après le Pnat, les services de police avaient été informés, le 23 mars, "de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo de propagande émanant du groupe pro-Iranien HAYI", (Mouvement des compagnons de la main droite de l’islam), "visant les intérêts et la communauté juive en France et en Europe, ciblant spécifiquement le siège français" de Bank of America.
Le groupuscule a revendiqué ces derniers jours plusieurs attaques contre la communauté juive, en Belgique, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.
- "Proxies" soupçonnés -
Mercredi matin, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a de nouveau fait état sur franceinfo d'un "lien" possible entre cette tentative et l'Iran.
"On sait que, quand il y a des tensions avec l'Iran, ils sont en capacité de déclencher ce type d'action", avec l'aide d'intermédiaires, de "proxies" recrutés en Europe, a-t-il ajouté.
En 2024, une autre information judiciaire dirigée par le Pnat et baptisée "Marco Polo" par la presse, a illustré le recours à des "proxies" par les services iraniens, menant à la résurgence en Europe d'un "terrorisme d'Etat iranien" depuis 2015, selon la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Objectif: "Frapper des cibles civiles" pour "accroître le sentiment d'insécurité au sein de l'opposition" au régime iranien et au sein "de la communauté juive et/ou israélienne", d'après une note de la DGSI datant de mai 2024 et dont l'AFP avait eu connaissance. Pour ce faire, l'Iran est accusé de recruter en Europe des voyous, notamment des narcotrafiquants.
Dans le dossier Bank of America, le majeur a notamment été condamné en 2025 pour trafic de stupéfiants, relève le Pnat. Mais les trois suspects mineurs ont un casier vierge.
Les premiers éléments indiquent que les trois mineurs ont été recrutés dans la nuit du 26 au 27 mars pour déposer un engin explosif, moyennant une somme comprise entre 500 et 1.000 euros.
"Si tous contestaient à ce stade une intention terroriste, les mineurs reconnaissaient avoir compris que le lieu ciblé n’était pas un immeuble d’habitation", relate le Pnat.
"Le majeur indiquait qu’un tiers se présentant lui-même comme un intermédiaire l’avait sollicité via la messagerie d’un réseau social pour faire déposer l’engin explosif dans le cadre d’une vengeance personnelle. L’engin explosif lui aurait été remis à son domicile par une personne qu’il ne connaissait pas", poursuit-il.
N.Walker--AT