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Corée du Sud: l'ex-président Yoon condamné à cinq ans de prison dans un premier procès
Un tribunal sud-coréen a condamné vendredi l'ex-président Yoon Suk Yeol à cinq ans de prison pour obstruction à la justice et abus de pouvoir, première décision pénale d'une série à venir à la suite de sa tentative ratée d'instaurer la loi martiale fin 2024.
Un peu plus d'un an après son coup de force contre le Parlement, qui avait provoqué une grave crise politique aboutissant à sa destitution, l'ancien dirigeant conservateur de 65 ans s'est vu infliger une peine inférieure aux réquisitions du parquet, qui avait réclamé dix ans de prison.
Lui-même ancien procureur star, Yoon Suk Yeol fait face à sept autres procès dont le principal, pour insurrection, pourrait lui valoir la peine de mort.
Vendredi, le tribunal du district central de Séoul s'est prononcé sur un des multiples volets secondaires de l'affaire qui a plongé le pays dans plusieurs mois de manifestations massives et d'instabilité politique.
Il était reproché à M. Yoon d'avoir exclu des membres du gouvernement d'une réunion sur la préparation de l'instauration de la loi martiale, ainsi que d'avoir empêché les enquêteurs de l'arrêter.
M. Yoon s'était retranché pendant des semaines dans sa résidence de Séoul sous la protection de sa garde rapprochée, faisant même échouer un premier raid.
Il avait finalement été interpellé en janvier de l'année dernière lors d'un assaut musclé durant plusieurs heures. Il était devenu alors le premier président sud-coréen en exercice à être arrêté et placé derrière les barreaux.
"Bien qu'il ait eu le devoir, avant tout autre, de faire respecter la Constitution et l'Etat de droit en tant que président, l'accusé a au contraire affiché une attitude qui méprisait la Constitution", a déclaré le président du tribunal, Baek Dae-hyun, en rendant son jugement.
"La culpabilité de l'accusé est extrêmement grave", a-t-il ajouté.
- Parlement cerné -
A l'origine de cette crise, la soirée du 3 décembre 2024, quand Yoon Suk Yeol avait sidéré le pays en annonçant à la télévision l'imposition de la loi martiale, envoyant des troupes au Parlement pour le museler.
Il avait fait marche arrière quelques heures plus tard, un nombre suffisant de députés ayant réussi à se faufiler dans l'hémicycle cerné par les soldats pour voter la suspension de son décret.
M. Yoon avait justifié la loi martiale, une mesure sans précédent en Corée du Sud depuis les dictatures militaires des années 1980, par le fait que le Parlement contrôlé par l'opposition bloquait le budget.
Dans son allocution télévisée, il avait affirmé agir pour protéger le pays des "forces communistes nord-coréennes" et "éliminer les éléments hostiles à l'Etat".
Il a finalement été destitué par la Cour constitutionnelle en avril dernier, déclenchant une présidentielle anticipé remportée par Lee Jae Myung, issu de l'opposition de gauche.
Yoon Suk Yeol dispose de sept jours pour faire appel.
Les ennuis judiciaires sont loin d'être terminés pour l'ex-dirigeant et son entourage.
Dans son procès, distinct, pour insurrection, le parquet a demandé mardi la peine de mort, toujours en vigueur en Corée du Sud, même si aucune exécution n'a eu lieu depuis 1997.
Le verdict est attendu le 19 février.
Dans sa dernière déclaration avant la mise en délibéré, l'ancien président a affirmé avoir simplement fait usage de ses prérogatives légales de chef de l'Etat.
"Il ne s'agissait pas d'une dictature militaire réprimant les citoyens, mais d'un effort pour sauvegarder la liberté et la souveraineté, et pour renforcer l'ordre constitutionnel", a-t-il dit selon l'agence de presse Yonhap.
Dans une autre procédure, l'ex-président est accusé par le parquet d'avoir provoqué la Corée du Nord en ordonnant l'envoi de drones au-dessus de Pyongyang dans l'espoir de déclencher une réaction du pays voisin qui aurait justifié l'imposition de la loi martiale.
T.Perez--AT