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L'entité serbe de Bosnie élit son président après la destitution de Dodik
Les habitants de l'entité serbe de Bosnie ont commencé à voter dimanche pour élire un successeur à Milorad Dodik, qui a dirigé la Republika Srpska (RS) pendant deux décennies avant d'être démis de ses fonctions par la justice après une grave crise politique.
Le nouveau président de la RS, qui couvre la moitié du territoire de la Bosnie, ne devrait rester au pouvoir qu'un an, puisque ce scrutin anticipé ne remet pas en question la tenue des élections générales en octobre 2026.
Les bureaux de vote ont ouvert à 6H00 GMT et fermeront 12 heures plus tard.
Six candidats sont en lice. Mais le choix des quelque 1,2 million d'électeurs devrait se porter entre le favori, Sinisa Karan, 63 ans, ancien ministre de l'Intérieur et homme de confiance de Milorad Dodik, et un quasi-inconnu, Branko Blanusa, professeur universitaire d'électrotechnique de 56 ans, dont la candidature est soutenue par plusieurs formations d'opposition.
La RS est, avec la fédération croato-musulmane, l'une de deux entités autonomes qui forment la Bosnie-Herzégovine. Le président y désigne le Premier ministre, promulgue les lois, mais sans une majorité au Parlement, ses pouvoirs sont limités.
- Menaces sécessionnistes -
Ce vote est censé mettre fin à une période de turbulences en Bosnie, qui a vu le duel entre Milorad Dodik, proche de Moscou, et le Haut représentant international - chargé du respect de l'accord de paix de 1995 - pousser le pays dans la plus grave crise politique depuis la fin de la guerre.
Le Haut représentant dispose de larges pouvoirs: il peut imposer ou modifier des lois, limoger des élus... Des prérogatives dénoncées sans cesse par M. Dodik, qui a multiplié les menaces sécessionnistes et les insultes envers l'actuel envoyé international, Christian Schmidt, un ex-ministre allemand arrivé en 2021.
En conséquence, M. Dodik a été condamné en appel, en août, à un an de prison - une peine transformée en jours-amende - et à une interdiction d'exercer toute fonction publique pendant six ans, pour non-respect des décisions de l'émissaire international.
Après avoir défié le verdict, il a fini par accepter l'élection d'un successeur - juste avant que Washington ne lève les sanctions qui le visaient depuis près de 10 ans à cause de sa politique séparatiste.
Durant la campagne, Milorad Dodik a affirmé qu'un vote pour M. Karan était en fait un vote pour lui-même et sa politique, répétant que la Bosnie était "un pays impossible" et la RS "un Etat" qui doit "attendre" sa reconnaissance internationale.
- Population résignée -
De son côté, Branko Blanusa a expliqué que la RS était surtout "menacée" par les politiques de son adversaire: "il a humilié les institutions de la RS pour ses propres intérêts et sa richesse, et c'est pour cela qu'il est désormais sur la liste noire du peuple".
Quel que soit le résultat dimanche, pour l'historien et diplomate Slobodan Soja, il n'y a pas "la moindre différence idéologique entre les partis au pouvoir et ceux de l'opposition", qu'il qualifie, les uns comme les autres, d'"anti-populaires, égoïstes et irresponsables".
Quant à M. Dodik, "il a capitulé pour obtenir la levée des sanctions", mais reste un acteur politique "incontournable". "Ses ailes ont été un peu taillées, mais son pouvoir est resté intact et ne fera que croître avec le temps, car il est tout simplement tout-puissant tant qu'il dirige (son) parti", explique M. Soja.
A Banja Luka, la population semblait surtout résignée face à l'élite politique à la veille du scrutin.
Milica Djuric, 51 ans, mère célibataire, explique à l'AFP qu'elle ira voter, mais sans espoir: "j'ai un salaire de 1.000 marks (511 euros), un enfant à scolariser et je paie les factures. J'aimerais les mettre à notre place et leur donner ce salaire, pour qu'ils voient comment nous vivons".
"Je vote, mais je n'attends rien de ces élections", déclare aussi Dragan Savic, un employé de commerce de 49 ans, père de famille.
"Ma génération pouvait encore réussir grâce au travail acharné, mais je m'inquiète pour mes enfants, confie-t-il. Aujourd'hui, tout dépend du réseau que tu as, de tes relations".
A.Ruiz--AT