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Depuis le ciel, une ONG à la recherche de bateaux de migrants en détresse
"Avec cette forte houle et ces vents violents, chaque heure de recherche est cruciale; les personnes à bord peuvent mourir de déshydratation, de coups de chaleur, d'hypothermie", avertit le pilote d'une ONG survolant l'Atlantique pour localiser des embarcations transportant des migrants, parties des côtes ouest-africaines pour tenter d'atteindre l'Europe.
Humanitarian Pilots Initiative (HPI) mène une opération de surveillance aérienne dans l'Atlantique pour repérer des bateaux en difficulté, avec ce défi: localiser des pirogues longues d'une vingtaine de mètres dans une zone vaste comme la Suisse, depuis 450 m d'altitude.
Selon l'ONG espagnole Caminando Fronteras, plus de 3.000 migrants sont morts en 2025 en tentant de rejoindre clandestinement l'Espagne à la recherche d'un avenir meilleur. Et la plupart des décès ont eu lieu sur la route de l'Atlantique, entre l'Afrique et l'archipel espagnol des Canaries.
Les pays européens restreignant les visas et contrôlant de plus en plus leurs frontières, ces personnes migrantes sont forcées de prendre cette route périlleuse.
Active depuis 2016 en Méditerranée centrale, où elle a contribué à l'identification de plus d'un millier d'embarcations en appui aux navires de secours d'ONG internationales, HPI en est à sa troisième mission en neuf mois sur la route atlantique.
Un journaliste de l'AFP a pu suivre l'équipe de cette ONG suisse pendant plusieurs jours.
- "Zone grise" -
"L'océan Atlantique est immense, il est impossible de couvrir l'ensemble de la route empruntée par les pirogues", explique Omar El Manfalouty, l'un des pilotes du Beechcraft 58 Baron de l'ONG, baptisé "Seabird".
"Nous nous concentrons surtout sur les zones où d'autres acteurs ne sont pas présents, entre 300 et 500 milles nautiques des Canaries. C'est une zone grise, où les secours arrivent souvent trop tard".
"Depuis les airs, nous avons une rapidité et une visibilité supérieures à celles des navires", explique Samira, coordinatrice tactique de la mission, qui n'a pas souhaité donné son nom de famille en raison des menaces subies par l'ONG dans plusieurs pays européens.
Une fois une embarcation repérée, une réponse d'urgence est déclenchée avec les navires marchands à proximité et Salvamento Maritimo, l'organisme public espagnol de sauvetage en mer, prend le relais.
Un matin de janvier, alerte de l'ONG Alarm Phone: une embarcation transportant 103 personnes, dont neuf femmes et trois enfants, partie de Gambie, est portée disparue. L'équipage de HPI se mobilise pour décoller.
"Partir de Gambie signifie affronter environ 1.000 milles nautiques... Si le moteur (de l'embarcation, NDLR) est tombé en panne le premier ou le huitième jour, les conditions de recherche changent complètement", relève Samira.
Sur sa tablette, elle trace plusieurs routes au large de Nouadhibou, en Mauritanie, dans une zone où les embarcations ont tendance à se diriger vers l'île d'El Hierro, la plus occidentale des Canaries. C'est la route la plus distante des côtes, et la moins surveillée.
- Yeux rivés aux hublots -
Une fois la zone atteinte, l'appareil descend sous les nuages et suit des trajectoires droites et parallèles. Les trois membres de l'équipage ont les yeux rivés aux hublots.
Cible recherchée: une pirogue en bois, recouverte d'une bâche et presque au ras de l'eau car surchargée de passagers.
Sur la tablette, nouveau signalement: une seconde embarcation, partie de Gambie sept jours plus tôt avec 137 personnes à bord, est aussi portée disparue.
Avec les vents forts et la houle, "il est possible que les embarcations aient dérivé", explique Samira.
C'est arrivé par le passé à des bateaux retrouvés dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Sans survivants.
Après trois jours consécutifs de vol et près de 3.800 milles nautiques couverts, aucune trace des deux embarcations. A la date de publication de ce reportage, aucune des deux n'est arrivée à destination.
Près du centre d'accueil de Las Palmas (Canaries), Ousmane Ly, Sénégalais de 25 ans récemment arrivé par la mer à Gran Canaria, observe la plage de Las Canteras. Des compagnons de traversée, également Sénégalais, profitent du soleil pour prendre des photos.
La joie d'être arrivés vivants l'emporte sur les difficultés à marcher après des jours entassés sur une pirogue. Sur leurs mains, bras et jambes, les traces des plaies causées par l'eau salée.
Ousmane montre le téléphone qu'il a réussi à faire sécher pour appeler sa mère: "elle me cherchait depuis onze jours".
Il raconte qu'une fois montés sur la pirogue, les passagers ont été recouverts d'une bâche. "J'ai fermé les yeux et j'ai pensé à ma mère, Fatima".
La bâche - pour protéger du soleil le jour et du froid la nuit - a été retirée dix jours plus tard, lorsque l'embarcation a été secourue par Salvamento Maritimo.
À bord se trouvaient 108 personnes. Deux étaient mortes au moment du sauvetage.
Sur la plage de Las Canteras, Ousmane, lui, continue de fixer l'océan.
W.Stewart--AT