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En Hongrie, l'exclusion des Roms au nom de "la préservation de l'identité locale"
Des terrains vagues et des maisons abandonnées, anciennes propriétés de familles roms, parsèment Mezokeresztes, un bourg de 3.500 âmes du nord-est de la Hongrie, où les autorités se sont empressées d'appliquer une nouvelle loi dont cette minorité semble la principale victime.
Mezokeresztes a été la première commune du pays à appliquer la loi dite de "préservation de l'identité locale", adoptée en juin par le Parlement, qui permet aux municipalités de filtrer les personnes qui s'installent.
La mairie de Mezokeresztes a acheté des maisons, au motif de leur insalubrité, et les a détruites.
L'édile Janos Majoros nie toute discrimination, affirmant à l'AFP que la procédure ne vise que les volontaires et les maisons "devenues de plus en plus délabrées".
Mais pour les familles roms, souvent pauvres, la visée est claire : les empêcher d'emménager en détruisant des logements accessibles.
"Nous avons entendu dire que le maire voulait expulser les Roms, qu'il ne voulait pas de nous", déclare à l'AFP Zsuzsanna Marton, une mère de trois enfants âgée de 33 ans, dont la famille a déménagé avant même l'adoption du texte qui n'a fait que faciliter un processus déjà en cours.
- "Dupés" -
Officiellement, le changement constitutionnel voulu par le Premier ministre nationaliste Viktor Orban est destiné à protéger l'identité locale, en évitant le développement rapide des agglomérations et de dénaturer les sites touristiques.
"Le droit de choisir librement son lieu de résidence ne peut entraîner la violation du droit fondamental à l’identité des communautés locales de Hongrie", précise le texte.
Mais dans les faits, la grande majorité des plus de 90 communes qui l'appliquent sont situées en zone rurale et, selon les critiques, ciblent les minorités, dont les Roms, qui représentent environ 7% des 9,5 millions de Hongrois.
"Les critères affectent davantage la minorité rom défavorisée", constate l'avocate Ilona Boros, de l'Union hongroise des libertés civiles.
Les autorités locales ont ainsi la possibilité de conditionner la résidence à des tests de langue, à la possession d'un diplôme du secondaire, ou de mener des entretiens avec les résidents potentiels, rendant le processus "complètement arbitraire", juge-t-elle.
Tibor Navracsics, le ministre du Développement régional et ancien Commissaire européen à l'origine de la réforme, a admis que certaines applications locales pouvaient s'apparenter à du racisme, et a promis l'intervention des autorités.
Sous la pression médiatique, Mezokeresztes a été contrainte de retirer sa réglementation en août.
Judit Pusomai, 54 ans, ne cache pas sa tristesse d'avoir dû quitter sa modeste demeure en terre.
"D'autres ont été dupés tout comme moi", dit à l'AFP la femme de 54 ans, qui habite désormais dans un autre village, entassée avec six proches dans une maison de deux chambres.
- "Réaction en chaîne" -
Mais les localités voisines de celles qui appliquent déjà la nouvelle loi s'empressent à leur tour de prendre des mesures pour éviter l'afflux des minorités jugées indésirables.
"C'est une réaction en chaîne", déplore Erno Kadet, le rédacteur en chef du Centre de presse rom. "Et au final, des pans entiers de la société pourraient se retrouver chassés de partout comme des parias".
La nouvelle législation "offre une légitimité à l'exclusion", estime Szilivia Rezmuves, experte en développement à la fondation Polgar, qui favorise la représentation des Roms.
Adoptée pour séduire l'électorat à la droite du parti Fidesz de M. Orban à l'approche des législatives en avril, sous les habits d'un droit à défendre les coutumes et traditions, la loi conforte "les gens dans leurs préjugés", selon elle.
Ainsi à Mezokeresztes, la majorité des habitants interrogés ne cachent pas leur satisfaction de voir les familles roms "déménagées", les accusant de jouer de la musique fort et de causer d'autres nuisances.
Zsuzsanna Marton, qui vit désormais à Szentistvan, à sept kilomètres de Mezokeresztes, s'inquiète d'y subir déjà le harcèlement d'un voisin, dans l'indifférence.
"Le maire nous a dit que si nous ne sommes pas bien ici, il pouvait aussi racheter notre maison, soupire-t-elle.
O.Brown--AT