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La communauté sino-canadienne, victime collatérale des tensions entre Pékin et Ottawa
Ils ont la désagréable sensation d'être pris entre deux feux et dénoncent une période sombre. Pour la communauté sino-canadienne, il y a d'un côté la peur des pressions ou intimidations de Pékin, et de l'autre la montée de la stigmatisation et la discrimination au Canada.
Et chaque nouvel épisode de tensions entre la Chine et le Canada est un stress supplémentaire pour eux. Le dernier en date: l'expulsion début mai de diplomates par les deux pays.
Cela fait plusieurs années que les relations sont à couteaux tirés entre Ottawa et Pékin, notamment depuis la crise Huawei et l'arrestation en 2018 de Meng Wanzhou, la directrice financière du groupe, suivie de l'incarcération en Chine de deux citoyens canadiens.
Puis il y a eu la pandémie de Covid-19, l'épisode du "ballon-espion", les révélations concernant la présence de postes de police chinois clandestins sur le sol canadien et les allégations d'ingérence chinoise dans des élections canadiennes.
"Nous sommes toujours considérés comme des Chinois, même si beaucoup d'entre nous n'ont aucun lien avec la Chine. On estime que nous ne pouvons pas être loyaux envers le Canada", déplore Amy Go, co-fondatrice du Conseil national sino-canadien pour la justice sociale.
"Depuis quelques années, la pression sociale" est telle "qu'il est difficile d'y rester insensible" et les tensions diplomatiques ont des "répercussions directes" sur notre communauté, avaient dénoncé dans une tribune parue mi-mai des dizaines d'associations.
"Dans le passé, nous avons vécu dans la peur" et "ne permettons pas que ça se reproduise", déclaraient-elles, faisant référence au racisme subi par les premières générations de migrants chinois.
Les premiers immigrants d'origine chinoise se sont installés il y a plus de 200 ans au Canada. Depuis, plusieurs vagues se sont succédé, notamment à la fin du XIXe siècle avec la construction du chemin de fer transcontinental du Canadien Pacifique, qui causa la mort de centaines d'immigrants.
Aujourd'hui, la communauté chinoise représente l'un des plus grands groupes ethniques au Canada, avec 1,7 million de personnes selon le recensement de 2021.
- Harcèlement -
Il est urgent que le gouvernement canadien agisse contre la montée du racisme, estiment de nombreux membres de la communauté.
Mais il est aussi important que le gouvernement "veille à ce que les Canadiens mais aussi les résidents ne soient pas interrogés ou potentiellement exposés à des risques ou à des menaces de la part de pays étrangers", estime encore Amy Go.
C'est d'ailleurs cette question des intimidations qui a déclenché le dernier pic de tensions entre les deux pays. Le député conservateur Michael Chong et sa famille, vivant à Hong Kong auraient subi, selon Ottawa, des pressions de la Chine en raison des critiques du parlementaire d'opposition envers Pékin - notamment sur la question des Ouïghours.
Des allégations que conteste la Chine qui dénonce les "calomnies" et les "diffamations" canadiennes.
Ces pratiques de harcèlement ont toutefois déjà été détaillées par des militants pour les droits humains, pour la démocratie ou de défense de minorités ethniques et ont été documentées par Amnesty International ces dernières années.
"Ce qu'ils font, c'est qu'ils utilisent les liens familiaux avec la Chine ou Hong Kong pour vous menacer", raconte à l'AFP Cheuk Kwan, co-président de l'Association de Toronto pour la démocratie en Chine évoquant des "menaces de mort, des intimidations verbales, ou quelque chose d'aussi simple que +nous savons où vivent vos parents+".
Un harcèlement téléphonique quasi-quotidien depuis des années, c'est ce que vit Dilnur Anwar, femme ouïghour arrivée au Canada en 2019 pour fuir les persécutions.
"J'ai bloqué des numéros mais cela ne change rien car ils appellent tout le temps avec d'autres numéros", raconte à l'AFP cette femme qui vit à Montréal. "Parfois on me demande de me présenter à l'ambassade, parfois c'est un message automatique".
"Je suis très stressée car je n'ai pas de nouvelles de ma famille depuis plus de six ans", ajoute la frêle femme de 40 ans.
Le problème est que nous ne voyons que la "partie émergée de l'iceberg" des intimidations ce qui signifie que "90% de l'iceberg nous échappe" s'inquiète Cheuk Kwan, militant pro-démocratie.
Mardi, un rapporteur spécial indépendant a recommandé de ne pas ouvrir d'enquête publique sur les allégations d'ingérence de Pékin dans les deux dernières élections fédérales au Canada, tout en reconnaissant des tentatives d'influences étrangères.
G.P.Martin--AT